Virtual
Beekeeping
Gallery
The First Virtual Beekeeping Gallery in the World
Galerie
Apicole
Virtuelle
La Première Galerie Apicole Virtuelle au Monde
Galeria
Apicola
Virtual
La Primera Galeria Apicola Virtual del Mundo
Virtuelle
Imkerei
Galerie
Die Erste Virtuelle Imkerei-Gallerie der Welt

Terre des Hommes - Planète du Miel

Au secours, Terre, ta biodiversité fout le camp…

avec l'aimable autorisation de la revue
L'Abeille de France 


Le premier qui dit la vérité, il faudrait l’exécuter… (Guy Béart)

punaise.gif (183 octets)La notion de biodiversité sort des cercles spécialisés pour apparaître dans les médias lors de la conférence qui s’est tenue du 3 au 14 juin 1992 à RIO DE JANEIRO connue sous le nom de “ Conférence de RIO ”. 178 pays y participèrent. La convention sur la biodiversité qui porte sur la protection des espèces est l’amorce d’un partage équitable des ressources de la planète. Elle fut signée par 154 pays (sans les Etats-Unis). De nombreuses espèces sont menacées de disparition. Ce n’est pas la première fois dans son histoire que la vie traverse de telles crises. Mais contrairement aux grandes crises du passé, le phénomène est très rapide. Il ne s’étale plus sur des milliers d’années, mais est déjà perceptible sur la durée d’une vie humaine. Ces extinctions en cascade d’un grand nombre d’espèces animales et végétales sont la résultante de quatre phénomènes :

puce La dégradation des différents milieux. On pense certes à la pollution. On oublie trop souvent la déforestation(1) et la fragmentation des habitats ;
puce La surexploitation de certaines espèces par la chasse, la pêche, les récoltes. Pour des raisons économiques à courte vue, on ne veut pas toujours admettre que l’exploitation de ressources animales ou végétales sauvages à une vitesse supérieure à son renouvellement naturel conduit inévitablement à leur disparition ;
puce L’introduction d’espèces exotiques. Elles diminuent la biodiversité soit en entrant en compétition avec les espèces indigènes et en les éliminant (espèces invasives), soit en étant prédatrices (ou parasites) d’autres espèces qu’elles finissent par faire disparaître ;
puce Enfin la disparition d’une seule espèce clé (ou maillon) de toute une chaîne écologique peut faire disparaître par un effet de cascade toute une multitude d’autres espèces.

“ Si l’abeille disparaissait, il ne resterait plus à l’homme que quatre années à vivre ”. Cette citation, attribuée à EINSTEIN, pourrait-elle être prophétique ? La disparition de l’abeille, espèce clé de systèmes écologiques pourrait-elle par une succession d’enchaînements aller jusqu’à la disparition de Homo sapiens, espèce dont la réussite écologique est telle qu’elle menace tous les écosystèmes ou bien la disparition de l’abeille, espèce à la réussite écologique également admirable, serait-elle plutôt la conséquence d’une dégradation générale de l’environnement, une sorte de point de non retour étant atteint ?(2) Difficile à dire. Mais, ce qui est certain, c’est que la “ dégradation du milieu ” d’une part et l’arrivée “ d’espèces invasives ” d’autre part résument presque tous les problèmes de l’apiculture actuelle.

La biodiversité, c’est notre richesse, notre patrimoine. La sélection de l’abeille à outrance et l’introduction de sous-espèces d’abeilles exogènes diminuent la biodiversité.

Cette richesse, c’est en premier lieu celle de l’abeille elle-même. Comme l’homme, Apis mellifera, notre abeille domestique, est présente sur la quasi totalité de la planète. Elle a pu s’adapter à presque tous les climats. Cette grande adaptabilité explique la grande réussite écologique du genre Apis et plus particulièrement de Apis mellifera. En témoignent ses très nombreuses sous-espèces (ou races) encore subdivisées en écotypes… Apiculteur depuis 40 ans, j’ai comme beaucoup, pendant longtemps, été sensible à certains arguments qui m’ont poussé à introduire dans mes ruches des races d’abeilles exogènes au détriment de l’abeille locale. Bien sûr, il est absolument normal dans le cadre d’une apiculture rationnelle d’améliorer le comportement de nos abeilles en sélectionnant une abeille douce, qui tient bien le cadre, qui résiste bien aux maladies, qui essaime peu et qui produit beaucoup de miel… Mais ce travail de sélection ne doit pas se faire au dépend de la biodiversité c’est-à-dire par introduction massive et continue d’abeilles exogènes. Ces comportements présentent le risque d’introduction de parasites nouveaux et appauvrissent un patrimoine génétique qui a permis à l’abeille de conquérir toute la planète. On connaît la conséquence de la dépression de consanguinité sur l’abeille – que la nature fait tout pour éviter (brassage des mâles, plurifécondation des reines). L’appauvrissement du patrimoine génétique diminue également le 77 abeille de france n° 911 Février 2005 potentiel d’adaptabilité de l’espèce et la fragilise. Elle pourra moins bien s’adapter à toute modification de l’environnement… Et il ne faut pas oublier que dans ce domaine, toute perte d’information génétique est irrémédiable, d’où la création de conservatoires tant pour les animaux que pour les végétaux…

Les dégradations des milieux diminuent la biodiversité et fragilisent l’abeille.

Les apiculteurs l’oublient trop souvent mais leur “ fonds de commerce ” c’est la flore. C’est elle qui est la source première des nectars et des miellats à l’origine de tous nos miels. La meilleure abeille du monde en plein désert ne produit rien. La conclusion est simple : tout ce qui contribue à la disparition ou la régression d’espèces végétales met en péril l’apiculture comme l’utilisation irrationnelle et sans discernement de pesticides. Dans mon article “ Mauvaises herbes et apiculture ” paru dans “ Abeille de France ” en 2004, j’ai essayé de réhabiliter et de montrer l’utilité pour l’apiculture de certaines adventices. Sans vouloir revenir à la préhistoire, nul ne peut nier l’existence d’abus et il est certain qu’il faut revoir notre comportement face à l’utilisation des herbicides… Les insecticides n’interviennent pas directement sur la flore, mais d’une part peuvent nuire directement à l’abeille où (et ça on l’oublie) sur d’autres insectes, maillons de chaînes écologiques avec des effets indirects sur les végétaux. La déforestation et la dégradation de milieux par l’urbanisation, les grands travaux qui fragmentent les habitats, l’assèchement de marais, de tourbières conduisent également à un appauvrissement du patrimoine. Les remembrements avec les modifications qu’ils induisent dans le paysage – disparition des haies par exemple – se traduisent par un appauvrissement des ressources qui sont peut-être un des éléments de la souffrance actuelle de nos abeilles. L’abeille, comme tous les êtres vivants, a besoin de sources de nourritures diversifiées, du nectar, bien sûr mais surtout du pollen. C’est cette dernière matière qui fournit à l’abeille les protéines et acides aminés, les lipides, des sels minéraux et des vitamines indispensables à leur développement harmonieux. Toute carence, liée à une uniformisation et à un appauvrissement de régime alimentaire se traduit par une fragilisation de l’abeille à tous les stades de son développement avec une sensibilité plus grande aux maladies et aux autres contaminants (pesticides par exemple). L’abeille ne vit pas que de miel, fut-il le meilleur miel du monde. Imaginez le résultat si vous même étiez au “ régime carotte ” strict pendant des semaines, des mois(3)

L’arrivée régulière d’espèces exotiques et invasives sont la deuxième cause de la disparition de la biodiversité

Là également, je renvoie le lecteur à ce que j’ai déjà écrit en 2003 “ L’apiculture est-elle menacée par les espèces invasives ? ”. L’arrivée possible de Æthina tumida sur le territoire français montre, dans toutes sa splendeur, la c… de certains apiculteurs qui, pour moi, sont coupables de “ crime contre la vie ”, cette notion étant, à mon sens, aussi grave que celle de “ crime contre l’humanité ”. Combien faudra-t-il encore d’expériences malheureuses pour faire comprendre la leçon ??? Alors, Varroa destructor en 1982, Æthina tumida en 2005 ?, et demain Tropilælaps clareæ ou un autre parasite, illustre inconnu qui attend son heure… Sans oublier les espèces invasives non parasitaires de l’abeille comme beaucoup de pestes végétales qui perturbent et menacent certains écosystèmes, Metcalfa pruinosa qui produit du miellat mais qui pose des problèmes à la forêt méditerranéenne, à la viticulture et à l’arboriculture. L’abeille ellemême, sous sa forme africanisée, est devenue invasive en Amérique… Mais les espèces invasives de demain risquent d’être également des Organismes Génétiquement Modifiés (O.G.M.), le risque majeur des O.G.M. étant, à mon avis un risque écologique, avec également un risque pour la biodiversité… Mais, j’aurai certainement l’occasion, prochainement de revenir sur ce dernier chapitre…

Paul SCHWEITZER
Laboratoire d’analyses et d’écologie apicole
© CETAM-Lorraine 2004

(1) Voir mes articles précédents sur l’importance de la forêt.

(2) Pour la vie que l’on connaît, mais les différentes crises précédentes qui ont eu lieu au cours de l’histoire de la vie montrent que la diminution de la biodiversité est suivie d’une période de radiation adaptative avec multiplication des espèces…

(3) Je n’ai rien contre les carottes qui de plus sont parties des rares apiacées nectarifères visitées par les abeilles pour le nectar et le pollen…


Realization / Réalisation / Realización   / Realisierung: Gilles RATIA
APISERVICES - Copyright © 1995-2009
Top of the page
Haut de la page
Alto de página
Seitenanfang
Top of the page / Haut de la page / Alto de página / Seitenanfang