Botulisme et Miel
par le Dr Becker
avec
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A)
INTRODUCTION
1) GENERALITES
Si l’intoxication botulique chez l’homme a été décrite dès la
fin du XVIIIe siècle, Clostridium botulinum n’a été découverte qu’en 1896
par Van Ermengem. C. botulinum est un bacille gram + aux extrémités
arrondies, anaérobie strict, sporulée, produisant des spores ovales, légèrement
déformées, résistantes à la chaleur. Les bacilles mesurent de 0,3 à 1,5 μm par 2
à 9 μm. Grâce à ses ciliatures, flagelles péritriches, C. botulinum est
mobile.
C. botulinum est présent et persiste en grand nombre dans tous les
milieux terrestres, les sédiments aquatiques des eaux douces et des eaux
marines. Le botulisme est la pathologie consécutive à l’absorption par un
organisme supérieur, d’une toxine produite en milieu anaérobie (sans oxygène)
par Clostridium botulinum. Les Clostridium botulinum diffèrent par
les propriétés antigéniques des toxines qu'ils produisent.
2) TOXINES BOTULIQUES
On connaît huit sérotype de toxines produites par C. botulinum. Les types C et D sont le plus souvent responsables du botulisme animal. Le botulisme humain relève des types A, B et E, plus exceptionnellement des types C et F. Le botulisme de type A dont la toxine est la plus efficace de toutes les toxines, est le plus grave. Ces types se retrouvent dans quatre groupes et correspondent en fait à quatre espèces distinctes. :
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Groupe I : organismes protéolytiques et produisant les toxines A, B ou F |
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Groupe II : organismes non protéolytiques et produisant les toxines B, E ou F |
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Groupe III : organismes produisant les toxines C ou D |
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Groupe IV : organismes type Clostridium argentinense et produisant la toxine de type G |
Les cas de botulisme dans les pays de l’Union Européenne sont
associés le plus souvent à la consommation de jambon à l’os, de crevettes, de
champignons, de soupe de légumes, de poissons fermentés, de conserves familiales
ou de charcuteries familiales, de conserves industrielles mal préparées ou
conservées. Plusieurs centaines de cas de botulisme d’adultes ont été observés
en Europe en 10 ans. Par suite de l’ingestion de miel contenant des spores de
C. Botulinum, des cas sporadiques ont été décrits chez des nourrissons de
moins d’un an en Europe, contre plus de 70 cas annuellement en Amérique du Nord.
Le botulisme humain qui n’est pas contagieux fait partie en France de la liste
des maladies à déclaration obligatoire (décret 86-770 du 10/06/1986, modifié par
les décrets 87-1012, 96-838 et 98-169). C’est aussi le cas dans tous les pays
européens, à l’exception du Portugal. Le botulisme reste une maladie rare mais
non exceptionnelle en France. De quinze à vingt-cinq cas sont recensés chaque
année. La maladie existe en fait à tout âge.
Mécanisme d’action des toxines. Schématiquement les toxines botuliniques
s'associent à des protéines non toxiques également produites par C. botulinum
constituant des complexes botuliques de grande taille, d’un poids moléculaire
élevé, entre 150.000 et 940.000. Du fait de leur grande stabilité, ils ne sont
pas détruits lors de leur passage à travers la muqueuse intestinale dans le tube
digestif. Ils diffusent par voie sanguine et lymphatique dans l’organisme pour
se fixer sur les extrémités des motoneurones, bloquant ainsi la libération de
l'acétylcholine au niveau de la jonction neuromusculaire. Ce blocage se traduit
par une paralysie flaccide, progressive, descendante.
La neurotoxine botulinique est le plus puissant poison connu. Un mg de cette
toxine peut tuer plus de 35 milliards de souris. La dose minima mortelle est de
l'ordre de 30 picog/kg. Il faut 10 fois plus de toxine tétanique et 40 millions
de fois plus de cyanure pour atteindre une toxicité équivalente.
Le complexe toxinique ne franchit pas la barrière méningée ce qui explique
l'absence complète de signes d'atteinte du système nerveux central. Le botulisme
le plus fréquent en France est celui de type B. Classiquement, il est lié à la
consommation de jambon salé et séché de préparation familiale. Cette étiologie a
été confirmée dans 2 foyers en 1998, 2 foyers en 1999 et un foyer en 2000
B)
FORMES CLINIQUES
On distingue quatre formes principales de botulisme bien individualisées sur le
plan clinique et épidémiologique :
1) Le botulisme d’origine alimentaire
Il résulte de l’ingestion d’un aliment contenant la toxine. Les signes cliniques apparaissent de 6 à 36 H après l’ingestion. Les changements d’habitudes alimentaires, l’amélioration des techniques de conservation des aliments (appertisation), de la chaîne du froid, de l’industrie agro-alimentaire ont cependant fortement réduit l’incidence du botulisme alimentaire en Europe autre fois commun.
2) Le botulisme du nourrisson (rare)
Il est lié à la formation endogène de toxines secondaire à la germination des spores de Clostridium botulinum dans l’intestin du très jeune enfant. Ceci fait son originalité, la toxine étant produit in situ. La flore digestive du nouveau-né est incomplètement constituée et/ou partiellement fonctionnelle. Elle n'a donc pas d'effet inhibiteur sur la germination, la croissance et la multiplication de la bactérie.
3) Le botulisme par blessure (très rare)
Il survient à la suite de la production de toxine au niveau de plaies souillées de terre et contaminées de spores de C. botulinum. Elles germent en milieu anaérobie. Ce botulisme par inoculation est une maladie rare. Les symptômes sont les mêmes que pour l’infection d’origine alimentaire mais peuvent mettre jusqu’à deux semaines pour apparaître.
4) Par colonisation de l’intestin
Une quatrième forme de botulisme plus récente a été
identifiée. Il s'agit d'un botulisme par colonisation de l'intestin adulte
similaire dans sa pathogenèse au botulisme néonatal précédemment décrit. Il
apparaît chez des enfants âgés et des adultes qui ont subi une chirurgie de
l'intestin et/ou qui souffrent d'un gros déséquilibre de leur flore intestinale
suite à des traitements immunosuppresseurs ou autres.
C)
BOTULISME ALIMENTAIRE
C’est une urgence médicale et de santé publique. On a retrouvé la toxine
botulique dans une grande variété d’aliment comme les haricots verts, les
épinards, les champignons ou les betteraves et les légumes peu acides en
conserve. Lorsque des aliments n’ont pas subi un processus suffisant de
conservation, si les conditions de stockage et de conservation s’y prêtaient, en
absence d’oxygène, C. Botulinum peut se multiplier. Le poisson en boîte,
le poisson fumé ou salé, fermenté (nuoc-mâm), les produits carnés, jambon à
l’os, poulet, saucisses à l’origine du mot, peuvent être responsables
d’intoxication botulinique. Une cuisson des aliments contaminés ou toxiques à 85
°C durant plus de six minutes ou des aliments portés à ébullition durant cinq
minutes au moins, permettent la destruction de la toxine. C. Botulinum
résiste à 10 minutes d’ébullition ! Dans les aliments acides de pH inférieur à
4,6 tout comme dans les saumures très concentrées, C. Botulinum ne se
développe pas. Les acides organiques ou autres n’inactivent pas la toxine
contenue préalablement dans les aliments.
I) INTOXICATION BOTULIQUE
L’intoxication survient lorsque des aliments sont consommés
par un individu sans avoir été suffisamment chauffés pour inactiver la toxine
produite par Clostridium botulinum en anaérobie.
a) Symptômes du botulisme
1) - Incubation et phase d'invasion
La phase de latence ou incubation dure en moyenne de 5 heures à 5 jours.
2) - Les signes cliniques
L'intoxication se manifeste d’autant plus précocement qu’elle est en rapport
avec la quantité de toxine ingérée, fonction du type sérologique (A …).
Les premiers signes sont sensibles du patient dès 2 heures après l’ingestion
d’un aliment toxique, le plus souvent dans les 12 à 72 heures qui suivent.
- Les signes ophtalmologiques
Le patient se plaint de vision « double » en fait par paralysie de
l'accommodation. Cette diplopie précède la presbytie aiguë qui s’accompagne
d’une aréflexie pupillaire avec mydriase, (pupille dilatée) associée au ptôsis
des deux paupières (paupières ne s’ouvrant plus ou peu).
- Les atteintes des nerfs crâniens
Elles confirment l’atteinte neurologique. À la diplopie, s’ajoute des troubles
de l’élocution, de la voix (dysphonie) La dysarthrie avec dysphagie (difficulté
à ouvrir la bouche et avaler) aggrave le tableau d’autant que s’y ajoute des
signes digestifs présents dès le début dans le botulisme alimentaire : crampes,
douleurs abdominales, nausées, vomissements et diarrhées plus ou moins profuses
précédant la constipation par iléus paralytique.
3) - Phase d'état
- Les manifestations paralytiques
Elles sont caractéristiques, bilatérales et symétriques souvent associées à des
troubles sécrétoires (syndrome sec). Elles traduisent l’atteinte du système
nerveux parasympathique et sympathique. Les sécrétions exocrines, salivaires,
fluides divers, se tarissent entraînant entre autres, sécheresse buccale et
dysphagie. Le tableau se complète par les troubles excréteurs urinaires,
dysuries ou rétention d'urines, l’apparition de troubles du rythme cardiaque,
tachycardie sinusale, puis arythmie pouvant aller jusqu’à l’exitus par
défaillance cardiaque. L’asthénie et faiblesse musculaire des premières heures
se transforment dans les formes sévères en paralysie aiguë flasque, descendante
et symétrique, apyrétique, avec prépondérance des signes bulbaires. Dans les
formes sévères, la paralysie des muscles respiratoires fait la gravité de la
maladie.
- Les signes oculaires sont alors constants : presbytie aiguë et diplopie, par
paralysie de l'accommodation, mydriase, ptôsis, tarissement des sécrétions
lacrymales.
- Pas de signes neurologiques centraux
Il n'y a pas d'atteinte de la conscience ni des nerfs sensitifs. Il n'y a pas de
fièvre en dehors des complications secondaires. Il n'y a jamais d'atteinte du
système nerveux central ni de signe méningé.
II) DIAGNOSTIC POSITIF
Il est essentiellement clinique. Une myasthénie évoluée ou
des polyradiculoneuropathies comme le syndrome de Guillain-Barré (paralysie
ascendante) ou le syndrome de Miller-Fisher ayant des paralysies proches de
celles qui sont observées dans le botulisme, peuvent parfois faire hésiter
temporairement avec un botulisme. L’intoxication avec empoisonnement paralytique
aux mollusques diffère par la lenteur de la paralysie observée. La confirmation
biologique se fait par l’isolement de la toxine botulique dans le sérum.
La toxinémie est positive dans trois cas sur quatre des cas durant 15 à 35
jours.
Les prélèvements bactériologiques, selles, liquide gastrique, les cultures du
germe sont à mettre en route dans les meilleurs délais. Les résultats sont
longs, quatre à cinq jours dont 72 h pour l’identification du germe et de la
toxine parfois aléatoires. La confirmation tardive dans l'aliment causal suspect
les excrétas sont surtout utiles pour le typage et la santé publique. L’examen
des selles est pratiquement la seule façon de confirmer le diagnostic de
botulisme infantile. À noter l’existence de kits de détection de toxine pour
l’eau de boissons.
L'électromyographie ou EMG a un intérêt diagnostique et pronostique en montrant
le bloc neuromusculaire présynaptique et son intensité.
- La ponction lombaire avec examen cytobactériologique du LCR (liquide
céphalo-rachidien) sera normale dans le botulisme
- Un scanner cérébral est sans intérêt.
III) TRAITEMENT
Le traitement du botulisme reste symptomatique.
- Le charbon activé et le sirop d’Ipéca donné à titre précoce ne sont pas dénués
d’intérêt.
- Hospitalisation
La surveillance thérapeutique nécessite, du fait du risque de troubles
respiratoires, de la déglutition, des troubles rythmiques cardiaques qui peuvent
survenir même dans les formes apparemment mineures etc., une hospitalisation en
milieu spécialisé, si besoin en réanimation.
- La ventilation mécanique assistée
Elle peut être nécessaire pendant plusieurs semaines. Les traitements
symptomatiques maintiendront les constantes vitales, l'hydratation, assureront
l’alimentation parentérale, le suivit des sondes à demeures …
- La Guanidine.
L’absorption de sirop de chlorhydrate de guanidine, sans effets secondaires,
reste un moyen intéressant. La Guanidine s'oppose au niveau de la jonction
neuromusculaire à l'action anti-cholinergique de la toxine comme le démontrent
les observations faites à l’EMG. Il existe une amélioration objective des signes
oculaires, moindre sur les signes respiratoires.
- La sérothérapie.
Si le botulisme est diagnostiqué précocement, la sérothérapie reste intéressante
malgré ses inconvénients qui sont ceux de toute sérothérapie hétérologue (fièvre
choc, etc.). Elle est utilisée aux USA, au Canada (sérum polyvalent A B E) mais
peu ou pas en France, question d’école.
- L'anatoxinothérapie est sans intérêt
D)
LE MIEL ET BOTULISME INFANTILE
Le botulisme infantile affecte des enfants âgés de moins d'un an jusque-là en
bonne santé. Cette maladie a été reconnue pour la première fois en 1976. Si la
plupart des cas nécessitent l'hospitalisation, les cas mortels sont très rares
en Occident.
I) SIGNES CLINIQUES
- CONSTIPATION DU BEBE
Le symptôme le plus commun et le plus précoce du botulisme pédiatrique
c’est-à-dire le premier à se manifester, est la constipation opiniâtre.
- FAIBLESSE GENERALE DU BEBE
D'autres symptômes complètent dans les heures suivantes le tableau avec un
nourrisson en état de faiblesse générale préoccupant, irritable, ayant un faible
pleurnichement. L’altération des cris, l’absence d'expression faciale, un faible
réflexe de succion, le manque d'expression faciale, la perte frappante du
contrôle des mouvements de la tête avec le dodelinement caractéristique de la
tête, confirment le diagnostic s’il n’a pas encore été porté... La paralysie du
diaphragme de l’enfant peut entraîner un collapsus respiratoire nécessitant une
réanimation avec ventilation assistée.
II) ORIGINE
On a associé cette forme de botulisme à du miel contaminé par des spores. La toxine type G est responsable de morts subites chez le nourrisson. Il a été isolé dans le sol d'Argentine.
III) MECANISME
Le botulisme survient quand un nourrisson ingère des spores qui, en l’absence de défense immunitaire efficace, germent librement dans l’intestin du bébé. Les bactéries se reproduisent et se multiplient dans l’intestin, libérant la toxine et réalisant une intoxication endogène. Chez la plupart des adultes et des enfants de plus de six mois, les défenses naturelles apparues avec l’âge empêchent cette germination des spores et la multiplication intestinale de Clostridium botulinum. En jouant sur les sols, par géophagie, les spores de C. botulinum peuvent aussi êtres facilement avalés par l’enfant puisqu'elles sont communes dans le sol et la poussière. Ce mode de contamination peut entraîner en particulier dans les pays pauvres, le botulisme chez les enfants âgés de moins d'un an. Il n’a pas été évalué.
IV) TTRAITEMENT DU BOTULISME PEDIATRIQUE
La plupart des nourrissons souffrant de botulisme infantile doivent séjourner à l'hôpital pendant quelques jours ou quelques semaines. Pendant le traitement, les médecins adaptent les besoins nutritionnels du bébé et s'assurent de leur statut ventilatoire. Environ un nourrisson sur quatre touchés par cette maladie a besoin d'une ventilation mécanique assistée. En général, le bébé n'a besoin ni d'antibiotiques ni d'antitoxines. La plupart des enfants guérissent complètement sans séquelles. À moins d’un an d’âge, le miel est le seul aliment impliqué dans le botulisme infantile.
V) REPARTITION DES CAS
En Europe, aux USA, au Canada, de nombreux enfants chez qui
le botulisme a été découvert ont été nourris avec du miel commercial non
pasteurisé.
a) AMÉRIQUE DU NORD
Le miel est formellement identifié comme seule source de contamination
alimentaire présentant des spores de C. botulinum dans trois des seize
cas de botulisme infantile déclarés au Canada depuis 1979 jusqu'en juin 1999. De
1976 à fin 1993, 1206 cas de botulisme de l'enfant ont été confirmés aux USA
soit environ 70 à 90 cas de botulisme infantile chaque année. Aux Etats-Unis 20%
des cas seraient secondaires à l’absorption de miel ! En 1997, a été rapporté au
Canada, le cas d’un nourrisson de trois mois hospitalisé pour un syndrome
neurologique évolutif depuis une semaine avec constipation opiniâtre, hypotonie,
mydriase aréactive (pupilles dilatées) Il s’y associait l’abolition du réflexe
de succion et des réflexes rotuliens et achilléens. En détresse respiratoire,
sous ventilation assistée deux semaine, il s’est rétabli après trois mois
d’hospitalisation sans séquelles. La toxine botulique de sérotype A a été
identifiée dans son sang. Des spores de C. botulinum ont été retrouvées
dans le miel d’importation donné au nourrisson avant que la maladie ne se
déclare !
Les enquêtes aléatoires sur le miel produit au Canada révèlent que les spores de
C. botulinum sont rares mais présentes dans moins de 5 p. 100 des miels
étudiés. Au Japon Clostridium botulinum a été isolé dans 23 échantillons
(8,5 %) de 270 miels importés de diverses provenances (Japon, Chine, Argentine).
Les sérotypes sont de type A : 11 cas- type B : 2 cas ; type C: 10 cas ; type F
: 1 cas). Parmi les miels importés, 12 % de contamination dans les miels
provenant de Chine (A, B, C), 20 % de ceux venant d’Argentine (A, F).
L'échantillon le plus infecté contenait 60 spores par gramme de miel…Lorsqu'on
découvre des spores dans le miel, leur nombre est donc généralement peu
important. Mais, il ne faut pas beaucoup de spores pour causer un botulisme
infantile chez un bébé âgé de moins d'un an ! Les contaminations par C
Botulinum sont donc comprises entre 4 et 9 % des miels analysés ce qui est
significatif.
b) EUROPE
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Au Danemark a été observé en 1995 un cas avec spores dans le miel et C. botulinum dans les selles, toxine retrouvée dans le sérum du petit malade. La seule source d’infection identifiée a été le miel, plusieurs autres cas restant indéterminés à cet égard. |
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En 1997, l’Italie a notifié au système de veille européen un cas de botulisme infantile à toxine B Clostridium butyricum. En Septembre 1998, 5 nouveaux cas avec spores de C. butyricum identifiés dans les selles des malades. |
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En Autriche, bien qu’aucun cas n’ait été déclaré au cours de la période 1988-1998, une publication médicale de 1992 décrit deux cas de botulisme d’origine alimentaire survenus chez deux frères près de Salzburg. |
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En Mai 1998 l’Allemagne a notifié un foyer de 3 cas dus à un miel « commercial » Le traitement a justifié une hospitalisation de plus de 4 mois (toxine non identifiée) En Mai 1998 toujours, l’Espagne a déclaré deux cas à toxine B et un à toxine non identifiée, provenant du miel consommé. |
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En Suisse « le botulisme infantile n’est que très rarement diagnostiqué lors du vivant d’un enfant. Cependant des investigations pratiquées lors d ‘autopsies ont montré que le botulisme pouvait être une cause de mort infantile en Suisse » |
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En Hollande la mort d’un nourrisson de 2 mois en 2002 a justifié une question à la Commission européenne du député Albert MAAT. La réponse de la Commission a été qu’elle « est consciente du risque de botulisme associé à la consommation de miel évoqué par l'Honorable Parlementaire. Pour l'heure, elle n'a cependant pas été informée d'un risque similaire en rapport avec le sirop de maïs. La Commission a transmis en juin 2001 une question à ce sujet au Comité scientifique des mesures vétérinaires en rapport avec la santé publique (CSVSP). Les 19 et 20 juin 2002, ce Comité a adopté un avis confirmant que le botulisme chez les jeunes enfants est le seul risque biologique lié à la consommation de miel. |
Il a cependant noté les points suivants :
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on ignore les modes de contamination du miel ; |
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on estime que l'environnement (terre, poussière) joue un rôle capital comme source d'infection pour les enfants ; |
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en général, le risque de botulisme infantile est extrêmement faible en Europe ; |
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le niveau et la fréquence de la contamination du miel par la bactérie sont également faibles. |
En conclusion, d'après le Comité, requérir des tests
microbiologiques ou fixer des critères microbiologiques ne constitueraient pas
des mesures de contrôle efficaces pour lutter contre le botulisme infantile, en
raison de l'apparition sporadique de la maladie et des faibles niveaux de
bactéries dans le miel. Il a recommandé la communication d'informations
efficaces et ciblées concernant les risques de botulisme infantile liés à la
consommation de miel (grâce à des dépliants, à l'étiquetage ou à des conseils
dispensés aux professionnels de la santé).
Un premier débat a été organisé avec les États membres, dans le cadre du comité
permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale, avant l'obtention de
l'avis scientifique. Une autre discussion avec les États membres est prévue lors
de la prochaine réunion du comité, sur la base des recommandations scientifiques
récentes. La Commission étudiera les orientations du comité permanent et
continuera à suivre toutes les évolutions avec la plus grande attention… ».
Au COPA–COGECA, le président Kari Valonen a évoqué le problème du botulisme et
de la situation en Finlande où des cas de botulisme infantile liés au miel ont
été signalés. Des spores en nombre important (5.000 à 80.000 spores) ont été
découverts dans 14 % des miels d'importation et en faible quantité (18 à 140
spores) dans 8 % des miels finois. L'option prise par le gouvernement finlandais
a été d'étiqueter les miels pour informer les jeunes mères des risques encourus
par les enfants de moins de 12 mois. « Il faudrait mettre en place une démarche
européenne. La Commission a été informée de ce problème et étudie actuellement
ce dossier. »
Il est donc surprenant de lire dans Directives d’analyse des miels » MSDA 2004
page 12-13/31 « Il n’y a en particulier aucune sorte de bacilles pathogènes pour
l’homme » plus loin « on note dans quelques publications la présence de C.
Botulinum dans le miel (Amon et al 1979, Sugiyama et al 1978). Les études
menés en Europe ne confirment pas ces résultats (Hartgen 1980) à l’exception
d’un miel italien (Criséo 1993). Certes les toxines ne peuvent pas se former,
étant donné que la forte activité de l’eau (sic) empêche la germination et la
croissance ; les spores par contre peuvent survivre (Wellford 1978). Le problème
du botulisme dans le miel est traité dans une étude globale qui présente l’état
actuel de nos connaissances (P.Vlaven 1995). On admet que si un nourrisson
jusqu’à un an consomme du miel contaminé, il peut être atteint de botulisme.
Pour cette raison, aux USA et dans bon nombre de pays européens, on déconseille
fortement de donner du miel aux enfants de moins d’un an ». Sans commentaires…
En France : Pas de cas infantile déclaré en France depuis 2000. Un seul décès
suite à un botulisme de type B a été constaté en 1999. Les sujets atteints de
botulisme étaient des adultes ou des enfants, mais aucun cas de forme néonatale
ni de botulisme par blessures signalées. Le nombre de cas annuels français varie
de 14 à 26 au cours de la période étudiée, sans répartition saisonnière
particulière, mais pour l’espace européen plusieurs dizaines de cas annuels
certains, en fait probablement plus par sous estimation et non -diagnostic de
certaines formes très frustes .
E)
COMMENT SE PRODUIT LA CONTAMINATION DU MIEL ?
Cette question laisse perplexes les différents auteurs d’article qui n’évoquent
que l’apport de spores par les abeilles lors de la collecte de nectar et de
pollen. Pour un apiculteur récoltant connaissant par ses voyages les pratiques
des apiculteurs de différentes régions du monde, d’autres causes de
contamination sont plus plausibles en particulier les défauts d’hygiène apicole.
1) - Hygiène en défaut
Parmi les différentes hypothèses, en effet les contaminations d’origine humaine
sont les plus probables, essentiellement par des fautes graves d’hygiène
élémentaire, des défauts majeurs de techniques apicoles, en somme du non-respect
des bonnes pratiques apicoles par les apiculteurs récoltants de différents pays
y compris en EUROPE.
Les souillures du miel par de la terre lors des récoltes sont fréquentes en
particulier lors de la manipulation des cadres (chute au sol) ou lors de
l’extraction chez les apiculteurs inexpérimentés, mal équipés ou mal protégés
des piqûres d’abeilles. Ceci est plus marqué en présence d’abeilles très
agressives, africanisées, comme en Amérique latine, aux USA. Le danger de cette
pollution tellurique est ignoré ou négligé, les vertus « antibiotiques » du miel
surestimées par la quasi-totalité des apiculteurs. Elles sont censées pardonner
beaucoup ! Le miel produit noble, difficile à récolter, reste de plus d’un
apport financier trop vital pour certains producteurs pour être rejeté ou
détruit en cas de pollution accidentelle par de la terre…
Beaucoup de paysans du tiers-monde sont de fait très insuffisamment préparés à
leur métier d’apiculteur, responsable de la qualité de leur production. Leur
seul objectif reste une production extensive sans considération des paramètres
physicochimiques ou bactériologique des miels produits et achetés à vil prix par
des collecteurs peu scrupuleux ! Les apiculteurs ne sont pas ou très mal équipés
en matériel d’extraction aux normes sanitaires exigées, beaucoup n’ont même pas
d’eau potable ou même un simple point d’eau ! Avec un matériel poussiéreux ou
ayant contenus de la terre, simplement essuyée ou sommairement lavé, la
contamination du miel par de la terre ou des poussières contaminées est évidente
et responsable des pollutions biologiques, spores bactéries etc. On est loin
dans tous ces pays des normes de miellerie et des exigences formulées dans les
directives européennes, ce qui n’empêche pas l’importation et la vente de ces
miels récoltés sans grandes précautions, hors normes, sans avertissement aux
consommateurs européens !
Pour preuve, les analyses de miel faites au CETAM L ont montré en 1998 dans des
échantillons de miels chinois du commerce, des particules terreuses et d’autres
débris minéraux en quantité inacceptable avec pollution majeure de miel au
détail qui a été vendu durant plusieurs mois en grande surface en quantités
importantes, donc consommé en France à la même époque !
Dans les pays à faible niveau technique, l’expression du miel de la cire et son
extraction directe par des mains terreuses, technique primitive bon marché, est
encore très répandue. L’hygiène très insuffisante ou défectueuse des contenants
divers est aussi souvent en cause surtout en Afrique, dans les régions Centre
Américaine ou en Asie comme en Chine, au Vietnam, grands exportateurs de miel !
La décantation permet certes aux importateurs d’éliminer les débris végétaux et
minéraux des miels en provenance de pays à faible niveau de vie et d’hygiène. De
même, l’évaporation sous vide élimine les signes apparents de fermentation en
laissant heureusement dans le miel le glycérol dosable. Un chauffage sélectif
intense mais bref élimine certains microorganismes mais pas C. Botulinum
qui survit à dix minutes d’ébullition ! Il n’est donc pas surprenant que 4 à 14
% des miels selon les études restent contaminés par des spores !
2) Les autres micro-organismes présents dans l'environnement des ruches sont
aussi susceptibles d'être présent dans le miel. L’hypothèse que les abeilles
ramènent à la ruche les spores de C. Botulinum, présentes dans la
poussière ou dans l'environnement, n’est donc pas à écarter totalement.
F)
EN CONCLUSION, QUE FAIRE ?
En attendant il convient de prévenir les parents de ne pas donner de miel aux
enfants de moins de 12 mois et informer les patients ayant eu une chirurgie
digestive grave ou un état immunitaire défaillant de ne pas consommer de miel en
particulier d’importation en provenance de pays à faible niveau d’hygiène.
La mise en place dans les pays producteurs extracommunautaires de normes
conformes aux directives miel de l’Union Européenne, associée à la surveillance
et aux contrôles effectifs des produits de la ruche, du miel mais aussi de la
gelée royale et des pollens importés, est devenue une nécessité de santé
publique. Elle reste utopique dans de nombreux états exportateurs et il convient
d’en tenir compte ce qui n’est pas le cas actuellement sur le marché européen !
L’application par la Communauté Européenne mais aussi sur le plan national des
textes européens concernant le miel extracommunautaire, nécessite une forte
volonté politique et des moyens financiers suffisants, sans commune mesure avec
ceux actuellement alloués et les lacunes majeures constatées sur le marché le
démontrent. La surveillance des productions intracommunautaires, des normes de
qualités, demeurent également très insuffisantes, là aussi faute de moyens
financiers et de personnels.
L’application effective des textes réduira drastiquement les cas européens de
botulisme infantile par le miel. Ceci soulagera d’autant les finances des
systèmes de protection sociale. Cependant le respect scrupuleux par de nombreux
apiculteurs européens responsables et motivés, des bonnes pratiques apicoles,
donnent aux consommateurs avertis, des miels, de la gelée royale et des pollens
frais européens de très bonne qualité y compris sur le plan bactériologique.
Les marques d’origine géographique, mieux encore, un étiquetage de qualité
allant au-delà des normes européennes laxistes permettent une traçabilité
parfaite de l’origine des produits apicoles.
La généralisation d’un tel étiquetage, réellement informatif, le respect strict
des bonnes pratiques apicoles, un contrôle rigoureux y compris bactériologique
par la profession à défaut des instances publiques nationales et européennes,
contribueront puissamment à l’éradication du botulisme infantile. C’est aussi un
gage de sécurité alimentaire, de choix préférentiel, dont le consommateur
français et européen doit faire largement usage !
Dr Becker CETAM-L@
Pour en savoir plus :
LE BOTULISME EN FRANCE A LA FIN DU DEUXIEME MILLENAIRE
(1998-2000)
Jean-Philippe CARLIER, Christine HENRY, Valérie LORIN, Michel R. POPOFF
CNR Anaérobies, Institut Pasteur,
28 rue du Dr Roux, 75724 Paris cedex 15
avec l'aimable autorisation de la revue
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