| Dans son livre « La ruche de Layens
Modernisée (1941) » Jean HURPIN rend un hommage soutenu à l’apiculture, mais
aussi à ses prédécesseurs et encore à l’artisanat.
Il y a là quelques pages qui parlent de varlope et de rabot, d’essences de
bois, d’établi, de travail manuel. Les copeaux s’envolent en rubans tournés,
le parfum du bois est encore inséparable de la ruche.
Sous son verbe, elle se fait « meuble à l’extérieur, horloge à l’intérieur
». La construction du logis prépare aux délices d’une manipulation
confortable des abeilles. Et les remarques concernant l’ouvrage révèlent un
homme habile de ses mains, qui était sans doute un fin menuisier.
Jean HURPIN fait ses débuts d’apiculture en … 1900. Sa vie traverse deux
cataclysmes. L’Europe a perdu la raison, ce qui ne l’empêche pas de fonder,
en 1920, avec l’instituteur « Jean GUERRE », le journal « L’Abeille de
France et l’apiculteur ». C’est l’âge d’or de l’apiculture.
Tous ceux qui s’intéressent à la littérature apicole ne peuvent échapper à
ses livres – il en a publié 40.000 ! J’en possède certains marqués du visa
de censure Vichyste de Clermont-Ferrand et j’observe que Jean HURPIN n’a
jamais évoqué ou flatté l’occupant dans ses écrits ; son travail et sa
pensée s’étaient entourés d’un cadre de corps de ruche. Ils n’en bougeaient
pas. Ils avaient fait le vide autour de lui. Sage précaution quand on sait
ce que peuvent être les hommes.
Les revues agricoles et documents d’époque démontrent la popularité de la
ruche « de Layens ». Elle n’a pas totalement disparu : j’en ai vu dans les
Pyrénées et dans la Drôme, il en reste quelques-unes dont l’état prouve
qu’elles sont centenaires et toujours vivantes …
Jean HURPIN, dans toute son œuvre, dans chaque livre, proclame une affection
particulière pour la « De Layens ». Certes, il admet qu’une caisse de
chocolat fera l’affaire pour une ruche, que la Voirnot, la Dadant, la
Langstroth représentent un bon gîte d’accueil pour les avettes, mais son
parti-pris parviendrait à nous convaincre combien les dimensions du cadre
Layens (31 x 37) correspondent à la biologie de l’abeille. Ce nombre d’or
serait le fruit des recherches de SWAMMERDAM, de REAUMUR et finalement de
François HUBERT.
Or, quand M. de LAYENS perfectionna la « Ruche à feuillets » de François
HUBERT, il aurait conservé ces mesures nécessaires à l’ordre et à l’hygiène
de la cité.
Les hommes qui s’engagent portent souvent un peu de sympathie : Jean HURPIN
n’hésite pas à classer les modèles de ruches les plus courants par rapport
au bien-être de l’abeille. L’idéale est la Layens, suivie par la Voirnot,
ensuite viennent la Dadant et, au final, la Langstroth. Dans sa pensée, il
n’est pas question de nourrir les abeilles (sauf erreur ou sauvetage). Et il
est exact que l’épaisseur de miel au-dessus du couvain est presque
inexistante en Langstroth pour devenir très confortable en Layens (12 cm).
C’est la tranquillité de l’hivernage : jamais de famine.
Par une rhétorique non dépouillée d’humour critique, Jean HURPIN évoque le «
Modèle Américain » et sa « discipline industrielle », le goût du standard
qu’il oppose à l’esprit français, « particulariste, libre, original,
frénétique de création, individualiste » mais il revient à son idéal et
emporte notre conviction : déjà la ruche Layens traditionnelle a été
modifiée. Elle peut comporter un corps à 9 cadres et une hausse à 8 cadres.
A une époque où la transhumance n’est pas un objectif incontournable, Jean
Hurpin modifie une ruche imposante, belle, géniale, destinée à meubler les
ruchers fixes et la plupart du temps sans abris.
On reproche à la « De Layens » son poids, la difficulté à désoperculer les
grands cadres, il reconstruit une ruche horizontale dont l’intérieur est
composé de grands cadres pour le couvain et de deux ailes accrochées sur des
caissons isolants.
Les grands cadres mesurent 31 x 37, les cadres à miel, situés de part et
d’autre, 31 x 20 ; 9 cadres de corps, 10 cadres à miel.
Ça n’est plus une ruche, c’est un meuble, il va jusqu’à la pose d’une
serrure pour ouvrir le toit : nous sommes à une époque où les nourritures
terrestres excitent les convoitises.
Si leur cœur vous en dit, il ne sera pas très difficile de réaliser une «
Layens Modifiée ». Vous pourrez utiliser un panneau bois hydrofuge de 22 mm
(CTBX) assemblé à vis Pozidriu 5 x 60 et que vous habillerez de lambris 10
mm sans nœuds, collé à plat joint.
Les cadres seront suspendus sur crémaillère à corps pour le centre et à
hausses pour les côtés. Les caissons isolants peuvent être des secrets à
système (méthode affectionnée des ébénistes). Il faut remarquer que la
dimension des cadres à miel (22 x 32,5 H/T) permet une désoperculation
facile et le passage à l’extracteur standard et même « micro ».
La planche de vol conçue comme un tiroir, facilite le nettoyage et le
contrôle de varroa. Les pieds de la ruche ont été supprimés : posée sur son
support, la ruche peut être transportée (même par un homme seul) et trouver
une place dans une voiture ou une remorque. Ainsi construite la « De Layens
» mesure pour le corps et hors tout : hauteur 42,5 cm, profondeur 41 cm,
largeur 82 cm. L’épaisseur des parois est de 32 mm.
Jean HURPIN prodigue quelques conseils aux travailleurs du bois : ils sont
le témoignage émouvant d’une rigueur intellectuelle et d’une époque
post-industrielle encore peu tracassée par les performances, mais soucieuse
de durée dans le temps, de travail réalisé « dans les règles de l’art »,
inséparable d’un certain plaisir : « on aime son métier » !
Les Egyptiens ont fabriqué du latté, contreplaqué et placage 400 ans avant
J.C.
Au Népal, cet homme transporte une poutre de bois, il marchera environ cinq
heures avec sa charge, aucune route, aucune voie d’accès, aucun moyen
mécanique ne peuvent le remplacer, pas même une Bête de somme !
Aussi, nous disons qu’il y a beaucoup à réfléchir entre le passé et le
présent, notre civilisation industrielle et celles, demeurées dans les «
primitifs intemporels ».
Faisant fi de toute conformisme, il est plaisant de rompre avec l’uniformité
des choses, donner encore de la vie aux idées de Messieurs LAYENS et HURPIN
… En avril, la maison des abeilles sera peuplée, des milliers d’étoiles vont
s’efforcer de prolonger l’œuvre de vie et aussi les mystères de la ruche.
Anachroniques, atypiques, diversifiées, les ruches différentes et vivantes
composent une symphonie pastorale. Elles brisent la monotonie industrielle,
donnent la parole à « l’art d’apiculture », à sa place dans la nature.
Ceci est une maison vivante, mais aussi un modeste hommage à ses créateurs :
Georges de LAYENS et Jean HURPIN.
B. Vallier (texte et photos)
(pour tous conseils techniques pour le travail du bois, tél.
+33(0)4.75.84.44.03)
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