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Quand le soleil vous invite à sortir Par F. ANCHLING |
Quand le
soleil vous invite à sortir, il n'y a pas que les abeilles qui soient atteintes
par la fièvre du printemps. Celle-ci saisit toute la nature et nous aussi.
L'hiver s'en est allé ou presque, car début mars on a encore fréquemment de
fortes variations de températures et des sautes d'humeur : tempêtes, pluies,
neige, soleil et gel nocturne.
Pour moi mars est un mois calme et favorable à la contemplation. Le travail
au rucher n'est pas encore très prenant et souvent je prends le temps de
m'attarder un bon moment sans rien faire pour admirer l'activité de mes colonies
tout en me laissant réchauffer par le soleil.
Quand par une belle et chaude journée de mars l'activité est intense et que le
trou de vol est encombré par des butineuses chargées de pollen qui se
bousculent, alors je sais que le printemps est arrivé ; la colonie se développe,
les surfaces de couvain s'agrandissent plus ou moins selon l'âge de la reine.
Mais attention, la consommation des réserves est importante et la question se
pose presque toujours : sont-elles suffisantes ? En cas de refroidissement de
l'atmosphère, une forte colonie peut être mise en grandes difficultés si ses
provisions sont insuffisantes.
Que
peut-on faire pour aider nos peuples ?
Très peu de choses tant que la température est inférieure à 17° à l'ombre, sauf
observer régulièrement et attentivement le trou de vol.
C'est lui qui nous transmettra avec exactitude les souhaits et besoins de la
colonie.
D'ailleurs toute l'année, à chaque arrivée au rucher, je commence par une visite
générale des trous de vol pour me faire une idée de l'activité globale. Ces
premières constatations orientent et guident mes observations suivantes. Les
colonies orphelines ou bourdonneuses sont fréquemment pillées surtout en période
de disette et il faut au plus vite remédier à cette agressivité qui peut gagner
tout le rucher.
I
- Que peut-on déduire de nos observations?
Á Lorsque l'activité est soutenue et que de nombreuses butineuses sortent et
rentrent activement en rapportant du pollen, tout est en ordre et la planche
d'envol est propre. Le regard est attiré par des vols d'abeilles regardant la
ruche, qui s'éloignent en traçant des cercles de plus en plus grands (ce sont de
jeunes abeilles qui repèrent leur habitacle) et l'on peut voir en même temps
certaines de leurs consœurs plaquées sur la planche d'envol, l'abdomen relevé
vers le ciel (elles battent le rappel en émettant une phéromone pour permettre
aux nouvelles de reconnaître et retrouver leur maison).

II - Une
bonne colonie a besoin de pollen, de réserves de nourriture et d'eau.
Début mars les colonies perdent de plus en plus leurs vieilles abeilles, d'une
part de mort naturelle, mais aussi parce que les butineuses et les porteuses
d'eau prennent beaucoup de risques pour satisfaire les besoins de la jeune
génération qui n'est pas encore en mesure de prendre la relève.
Le besoin de pollen : pour satisfaire ce besoin, le rucher doit être installé à
un bon emplacement. Il peut être nécessaire de déplacer les ruches pour
bénéficier des largesses de la nature bien souvent réduites par l'extension des
activités humaines. En mars nos ruches sont en manque de butineuses et il faut
essayer de réduire la distance qu'elles auront à parcourir pour ramener le
précieux pollen dont les nourrices auront besoin.
Le bon emplacement : ce ne sont pas toujours les débutants qui doivent chercher
un bon emplacement pour leurs abeilles. Par suite des viabilisations ou de
l'extension des zones constructibles, de nombreux apiculteurs ont dû s'expatrier
et chercher des emplacements à l'extérieur des communes. Les possibilités ne
sont pas très répandues et l'apiculteur est heureux de trouver un emplacement
qui convient à l'installation de ses colonies. Les avantages d'un emplacement
extérieur aux communes sont indéniables : plus de problèmes avec les vols de
propreté ; plus de problèmes avec l'inquiétude des voisins lorsqu'une abeille
s'approche de leur piscine. Par contre les inconvénients ne sont pas minces :
risque de vol ou de vandalisme.
L'emplacement doit être chaud, sec, à l'abri des vents, ne pas être situé dans
un bas-fond, à l'abri des brouillards ; l'idéal est une pente pleine sud.
Une chose est sure, le plaisir de pratiquer l'apiculture est aussi en rapport
avec la situation du rucher.
Contrôle des provisions : il n'est naturellement pas question d'ouvrir les
ruches, sauf nécessité. Néanmoins il faut bien savoir que le manque de
provisions inhibe les capacités de ponte de la reine et freine les possibilités
de développement de la grappe ; lors de la floraison des colzas, les bataillons
de butineuses nécessaires pour la première récolte seront absents. On va devoir
s'assurer que la colonie dispose de réserves suffisantes pour ne pas être
obligée de jeûner. Pendant les mois d'hiver, la consommation moyenne varie
suivant l'importance de la grappe de 1 à 1,5 kilos par mois ; mais dès février
la ruche consomme facilement de 1,5 à 2 kilos de provisions, en mars de 3 à 4
kilos et en avril de 4 à 5 kilos. La première précaution à prendre est donc de
soupeser les ruches afin de détecter les plus légères et de pouvoir leur venir
en aide si nécessaire.
La méthode la plus juste serait naturellement le pesage de chaque ruche avec un
peson, ce qui n'est pas évident. Mais l'on peut intervenir par comparaison en
soupesant d'abord une ruche vide et ensuite en comparant avec chacune des
autres.
Attention donc, ce sont les colonies les plus fortes, les plus dynamiques qui
seront les premières victimes, parce que se sont celles qui en démarrant très
vite ont le plus puisé dans les stocks. Les très bonnes reines se trouvant à la
tête de grandes familles commencent leur ponte très tôt et comme les ressources
extérieures sont inexistantes, les nourrices doivent puiser abondamment dans les
provisions pour nourrir toutes ces larves au berceau. D'autre part, plus la
température extérieure est basse, plus les nourrices consomment pour produire la
chaleur nécessaire au maintien des 35° de la pouponnière. C'est sans risque si
les alvéoles sont bien remplies.
Je recommande tous les ans de couvrir les ruches par une vitre (verre ou
plastique) ce qui permet de visualiser sans déperdition de chaleur pour la
colonie son siège et son extension.
Lorsqu'en mars une colonie n'a plus que trois cadres de nourriture, c'est trop
juste et il faut lui venir en aide. Le moyen le plus approprié est un cadre de
nourriture récupéré à l'automne sur une colonie qui a été supprimée et que l'on
tenait en réserve, car celui-ci contient un sucre prédigéré. Autres méthodes :
mettre un sachet de nourriture solide au-dessus de la grappe ou du sirop dans un
cadre nourrisseur - cadre placé contre la grappe ou même un cadre bien étiré que
l'on peut remplir de sirop et placer contre la grappe. Aussi longtemps qu'il est
maintenu verticalement, le sirop reste dans les alvéoles.
Les besoins en eau
L'eau joue un rôle essentiel dans le métabolisme de l'abeille. Au
printemps, de très grandes quantités d'eau sont nécessaires au développement des
premiers couvains. L'eau est indispensable pour liquéfier le miel nécessaire à
l'alimentation des larves et à la digestion des réserves de pollen afin de
produire la bouillie larvaire. Si l'eau vient à manquer, le pollen consommé sera
mal digéré et peut provoquer des constipations qui conduisent à de graves
perturbations des nourrices, que l'on retrouvera sur la planche de vol,
incapables de voler, marchant en crabe avec une ampoule rectale dilatée et
douloureuse.
De même, pour tenir le couvain au chaud, il faut développer de l'énergie et pour
cela il faut consommer des provisions liquéfiées avec de l'eau.
Au printemps l'eau est encore froide et très souvent les pourvoyeuses,
paralysées, meurent en route et sont perdues pour une population déjà très
réduite.
Des observations scientifiques ont étudié les problèmes de la consommation d'eau
et ont noté qu'une porteuse d'eau fait en moyenne 50 sorties par jour, qu'elle
transporte à chaque sortie 25 mg d'eau. Cela signifie un apport journalier
d'environ 1,25 grammes par abeille. Une colonie forte a besoin d'environ 500 ml
d'eau par jour ce qui mobilise 450 porteuses.
Le travail des porteuses d'eau est beaucoup plus risqué que celui des butineuses
de pollen ou de nectar. Les observations conduites par Woyciechowski sur
différents ruchers en divers emplacements ont clairement démontré que la vie des
pourvoyeuses d'eau est beaucoup plus courte que celle des butineuses. Lors d'une
première expérience, des butineuses et des pourvoyeuses marquées qui
s'alimentaient à des sources respectives de sirop et d'eau ont été capturées et
relâchées à 300 mètres de leurs ruches ; 20 secondes plus tard 91 % des
butineuses sont revenues à la ruche mais seulement 7 % des pourvoyeuses d'eau.
Une deuxième expérience qui avait pour but de contrôler la quantité de
nourriture, c'est-à-dire le carburant emporté par les ouvrières à leur départ de
la ruche ont donné les résultats suivants : le jabot des butineuses contenait en
moyenne 0,134 mg de matière combustible et celui des pourvoyeuses 0,634 mg. Cela
prouve nettement la pénibilité du travail.
C'est pourquoi il est recommandé d'installer des abreuvoirs à proximité du
rucher. Ces abreuvoirs seront couverts afin d'éviter une pollution de l'eau par
les déjections des abeilles, protégés des vents dominants et ouverts au soleil.
Au printemps, compte tenu de la fraîcheur de l'atmosphère, l'eau sera contenue
dans des bouteilles renversées dont le couvercle twist off sera percé de petits
trous pour l'écoulement du liquide sucé par les abeilles.
Il est certain que nos abeilles préféreront de l'eau de source ou celle d'un
étang à l'eau des abreuvoirs. Il nous suffit d'observer comme les butineuses
sucent la rosée sur les brins d'herbe au matin, ainsi que dans les feuilles de
salade au jardin. Néanmoins compte-tenu de la pollution des eaux environnantes,
l'abreuvoir devra être toujours approvisionné en eau fréquemment renouvelée.
Pour les habituer à fréquenter l'abreuvoir, on les attire les deux, trois
premiers jours avec un sirop d'eau miellée à la concentration de 1:1, puis en
diminuant légèrement la concentration, pour arriver à leur donner de l'eau
légèrement salée, à raison d'une cuillère à café pour dix litres d'eau. Il est
aussi possible d'approvisionner l'abreuvoir avec l'eau d'un étang ou d'un marais
légèrement diluée.
Cette eau contient des minéraux et des ferments qui sont naturellement
privilégiés par une porteuse d'eau. Il est également possible de leur donner de
l'eau dans la ruche même, en utilisant les mêmes procédés que pour le
nourrissement d'urgence.
III - Nettoyage des
plateaux.
Par temps calme, pas trop froid, nous pouvons relever les grilles à arcades et
remplacer les plateaux de nos ruches, qu'ils soient pleins ou grillagés. C'est
une opération qui se déroule très rapidement, sans heurts et qui ne perturbe pas
les abeilles. Il est intéressant au départ d'avoir un ou plusieurs plateaux
nettoyés, désinfectés et propres. Il faudra aussi se munir d'un pied de biche,
d'une spatule d'une lampe à souder, d'un seau d'eau fortement javellisée (un
berlingot pour 5 litres d'eau allongée avec un peu de liquide vaisselle pour
servir de mouillant).
Comment procéder ? Un petit jet de fumée dans l'entrée met les abeilles en
bruissement, puis on décolle le plancher ; la ruche enlevée est posée à l'écart,
le plateau est déposé, remplacé par le plateau propre et la ruche remise en
place. On s'éloigne un peu du rucher, on examine soigneusement le plateau enlevé
car il porte l'empreinte du vécu de la colonie pendant sa période hivernale.
Pour les plateaux pleins, c'est une source de renseignements étonnants et très
fiables qui complètent les observations relevées sur la planche d'envol. Il est
fortement conseillé de prendre note des constatations faites et même si vous
voulez, de faire une photo qui vous permettra d'étudier tout à loisir ce que les
déchets vous révèlent.
Ce plateau est gratté, désinfecté, passé à la flamme en insistant dans les coins
et va resservir pour la ruche suivante. Les plateaux plastiques seront lavés,
fortement brossés en insistant beaucoup dans les coins. On laisse égoutter et on
peut les réutiliser immédiatement pour passer à la ruche suivante. Toutes mes
ruches sont installées sur des plateaux grillagés et tout au long de l'hiver,
par période de quinze jours, le dimanche après-midi, j'ai pu contrôler la survie
de chaque colonie endormie en relevant les indices de ses mouvements sur le
lange glissé sous le plateau.
IV - Que faire des ruches
à problèmes ?
Sauf dans le midi de la France, dans les autres régions il sera cette année
certainement impossible de procéder à la visite de printemps au courant du mois
de mars et elle devra être reportée au mois d'avril. Cependant, les ruches à
problèmes, problèmes que nous avons relevés en observant la planche d'envol,
problèmes confirmés par l'étude des plateaux, ne peuvent être laissées en
l'état, au risque de perdre des butineuses qui permettraient de renforcer
d'autres colonies.
Les problèmes rencontrés sont de trois sortes : ruches affaiblies par une
maladie à éliminer du rucher ; ruches orphelines, ruches bourdonneuses.
Par une journée calme dont la température est > 15° nous ouvrons la ruche et
examinons rapidement les cadres de couvain.
Les cellules sont bombées, disposées irrégulièrement, c'est le cas typique d'une
ruche dont les oeufs non fécondés ne donnent pas d'ouvrières mais uniquement des
faux-bourdons. Ceux- ci prenant plus de place que les ouvrières, les abeilles
allongent la cellule qui prend alors un aspect boursouflé. Ce n'est pas une
maladie mais cette colonie va rapidement mourir faute de relève. L'origine de ce
phénomène est diverse.
Quand la reine est vieillie, usée, elle n'a plus de semence. De ce fait elle ne
pond plus que des oeufs infertiles. Soit c'est une reine de la fin d'année qui
n'a pas reçu suffisamment de semences par manque de partenaires ou bien parce
que le mauvais temps ne lui a pas permis d'accomplir un vol nuptial suffisamment
prolongé. Il faut alors ausculter les cadres avec beaucoup d'attention.
La colonie est orpheline quand elle a perdu sa reine : mort prématurée, accident
ou infertilité et que les ouvrières ne peuvent plus la remplacer, parce qu'il
n'y a plus de jeunes larves pour ce faire et que la jeune remplaçante attendue
n'est pas sortie ou encore qu'elle n'est pas rentrée de son vol nuptial. Si les
oeufs sont disposés régulièrement au fond des alvéoles, la mère est encore
présente. Il faut la rechercher, l'éliminer et les abeilles peuvent être réunies
pour renforcer une autre colonie.
Lorsque la phéromone royale est absente, certaines ouvrières développent leurs
ovaires et pondent alors des oeufs infertiles car non fécondés. Rien ne permet
de les distinguer des autres ouvrières si on ne les prend pas en train de
pondre. Et pendant ce temps, l'ensemble de la colonie a vieilli. Il faut alors
ausculter avec beaucoup de soin les cadres. Si les oeufs sont disséminés et
qu'on en trouve quelquefois plusieurs dans la même alvéole on dit que la colonie
est bourdonneuse.
Une colonie bourdonneuse doit être éliminée car on ne peut rien en faire. On
l'emporte à au moins 100 mètres du rucher et l'on vide les abeilles parterre.
Celles qui peuvent voler retourneront vers le rucher et mendieront leur
acceptation dans les autres ruches. L'éloignement du rucher est important car
les abeilles pondeuses ne peuvent plus voler et ne risquent pas d'apporter le
désordre dans les autres colonies.
Si la reine avait été marquée aux couleurs de l'année, on aurait pu la retrouver
très rapidement.
V - Le marquage des
reines aux couleurs de l'année
| Il y a beaucoup de raisons de marquer les reines. D'une part, cela permet de les retrouver plus rapidement dans la cohue qui les entoure et d'autre part leur âge est trahi par la couleur de l'année. Depuis que nous subissons l'infestation de varroa, il y a obligation de les remplacer et c'est devenu une nécessité tous les deux ans. De plus, cela permet de contrôler si en cours d'année il n'y a pas eu un remplacement passé inaperçu qui nous donne une reine dont on ne connaît pas grand-chose. Pour marquer les reines, nous utilisons de petites plaquettes colorées ou un crayon de couleur ou un petit pinceau et de la laque. La suite des couleurs de marquage est blanc, jaune, rouge vert et bleu. Cette année est rouge. |
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Mais au
fait quelle est l'origine du marquage des reines ?
Dès le milieu du XIXe siècle avec la découverte des ruches à cadres mobiles, il
est devenu possible d'ausculter l'intérieur des colonies et aussi de voir la
reine au travail. Ce qui a donné l'idée de lui couper une aile pour en
surveiller l'essaimage et aussi son remplacement. Vers la fin du XIXe siècle,
quelques auteurs écrivaient déjà qu'ils marquaient leurs reines.
C'est en 1887 que J. G. Betzler entreprit de faire adopter trois couleurs pour
le marquage des reines : le jaune, le rouge, le blanc. Puis en 1922 Guido
Sklenar (professeur et éleveur) recommanda de prendre quatre couleurs: le bleu,
le jaune, le rouge et le blanc.
C'est seulement en 1965 que Edmond Hérold expliqua le casse-tête que
représentait l'utilisation de quatre couleurs et il convainquit l'apiculture
d'adopter les cinq couleurs que nous connaissons actuellement et de les utiliser
en allant du clair au foncé.
VI - Comment l'abeille
maîtrise-t-elle la climatisation du nid à couvain ?
La climatisation du nid à couvain fait partie des plus formidables obligations
de l'abeille mellifère. La singularité et les moyens de cette opération
commencent seulement à être compris et découverts. Le but de la climatisation
consiste à maintenir le nid à couvain à une température qui oscille entre 33 et
36 degrés.
Pourquoi ? On a étudié les répercussions de différentes températures sur du
couvain. Et l'on a constaté que plus la température chute au-dessous de la
température optimale, plus le nombre de malformations augmente. Par contre si la
température s'élève au-dessus de la température optimale, la durée du
développement des larves diminue. On a aussi découvert que les larves qui
baignent dans une température constante de 35 degrés sont plus intelligentes que
celles qui n'ont bénéficié que de 33 degrés.
Au cours de très nombreuses observations, les chercheurs ont pu observer avec
étonnement des abeilles assises sur le couvain, d'autres affalées de toute leur
longueur, d'autres encore qui disparaissaient entièrement dans des cellules
vides entre les alvéoles contenant du couvain.
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Pourquoi
de tels comportements ?
C'est ce qu'une équipe de chercheurs conduite par le professeur Jürgen Tautz du
Centre de Biologie de l'Université de Würzburg a voulu savoir. Il a exposé les
toutes nouvelles connaissances concernant la thermo-régulation du nid à couvain
par l'abeille.
L'obligation de créer un microclimat très encadré dans une zone de nidification
déterminée exige de l'abeille des comportements différenciés, imposés par la
température environnementale existante. Si cette température est trop fraîche il
faudra chauffer, au contraire si elle est trop chaude il faudra rafraîchir.
Les abeilles produisent de la chaleur en activant la musculature de leurs ailes
par des tremblements à peine perceptibles. La chaleur ainsi produite se transmet
aux alentours. La source d'énergie est le miel stocké dans la ruche qui sert de
combustible. Les abeilles tropicales qui habitent en plein air ignorent les
grandes réserves de miel dont elles n'ont nul besoin : elles doivent plus
souvent rafraîchir que chauffer. C'est peut-être l'explication de leur
comportement.
Pour abaisser la température, nos abeilles provoquent des courants d'air
rafraîchissants en battant des ailes. Elles mettent aussi en pratique le pouvoir
réfrigérant de l'eau pulvérisée dans la ruche (la gare Saint Charles à Marseille
n'a rien inventé, elle a copié ce que les abeilles connaissent depuis 12
millions d'années).
En posant la main sur le dessus d'une ruche, sous les couvertures, chacun a pu
déterminer l'époque à laquelle la reine a repris sa ponte. En 1793 déjà, Hubert
contrôlait la température du nid à couvain avec un thermomètre à mercure et ses
recherches ont été poursuivies par de nombreux chercheurs. Mais aujourd'hui les
sondes miniaturisées, la thermographie par vidéo et les calculs par ordinateur
permettent de décortiquer la complexité du chauffage du couvain et de jeter les
bases d'une socio-physiologie de la colonie.
Une ancienne tradition soutenait que le couvain dégageait de la chaleur et que
les abeilles qui se promenaient sur le couvain se réchauffaient. Les photos
prises par la caméra à infrarouge nous permettent deux conclusions :
On voit très distinctement le dessin du cadre et les abeilles dont le thorax
dégage de la chaleur. Plus la température est élevée et plus la tache est
claire.
Dans une colonie de 3000 individus, chaque nouvelle-née a été marquée à sa
naissance pour déterminer dans quelle tranche d'âge les abeilles chargées de
réchauffer le couvain (les chaufferettes) étaient recrutées. À l'exception des
deux premiers jours suivant leur naissance, aucune spécialisation n'a été
constatée.
Si l'on refroidit artificiellement du couvain, toutes les abeilles des alentours
se rassemblent rapidement sur ce couvain qui doit être réchauffé plus
activement.
C'est bien pourquoi, chaque intervention dans la ruche, produit un
bouleversement préjudiciable à la poursuite du butinage, ce que l'on a écrit
très souvent, sans en avoir une confirmation scientifique, mais uniquement de
bon sens.
Comment la colonie est-elle capable de régler la température du couvain d'une
manière aussi exacte? Pendant longtemps on a cru que les abeilles se
rassemblaient dans le nid à couvain et qu'elles développaient une température
qui leur était agréable. Les observations ont clairement démontré que les
chaufferettes mesuraient la température existante et la modifiaient selon les
besoins du couvain.
En suivant certaines ouvrières dans le nid à couvain, nous avons pu faire de
nombreuses découvertes. Les chaufferettes se distinguent par une immobilité
totale pendant une trentaine de minutes. Elles occupent des positions
différentes qui sont les deux stratégies pour chauffer le couvain :
Il a été constaté que les abeilles qui squattent les cellules vides, y rentrent avec une température corporelle de 42°, y restent une trentaine de minutes et n'en ressortent que lorsque leur réserve d'énergie est consommée. Il y a une différence entre les chaufferettes dont l'arrière-train trahit, par ses mouvements de pompe, une respiration forcée et les abeilles qui se reposent dans une cellule ; leur arrière-train ne pompe pas, il reste presque immobile. On a observé et mesuré que la chaleur dégagée par l'abeille dans l'alvéole se répartit autour d'elle et atteint 6 nymphes alors que l'abeille allongée ne réchauffe qu'une seule nymphe.
En
conclusion, on peut se demander si les vides que l'on constate dans un cadre de
couvain et qui souvent sont attribués à des défauts de la reine, ne sont pas au
contraire stratégiquement réservés pour le chauffage du couvain.
F. ANCHLING
(Chapitre VI : Extraits de IMKERFREUND – décembre 2003)
avec l'aimable autorisation de la revue
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