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Surveiller,
secourir les colonies et traquer varroa |
Nous y voilà : nos abeille sont
entrées dans la difficile phase de l’hivernage. Pour elles, l’objectif est
simple : entretenir la vie latente et attendre des jours meilleurs pour
transmettre de nouveau la vie. Toutes ensembles regroupées, nos protégées ne
craignent pas le froid tant qu'elles disposent d'un bon logement et de quoi bien
se nourrir. Dans la grappe encore lâche, la vie s'organise : la reine ne pond
plus ou si peu, les ouvrières consomment du miel, dégageant ainsi des calories,
nourrissent leur mère et occupent avec équité, dans un mouvement tournant, les
différentes places dans la grappe, du cœur à la périphérie. Ne les dérangeons
pas.
Notre rôle se limite à surveiller l'ensemble du rucher, à secourir les colonies
en détresse, à terminer les traitements anti-varroase.
En plus de ce programme, nous préparerons déjà ce qui nous sera utile pour
contrôler bientôt l'efficacité de ces mêmes traitements.
SURVEILLANCE
DU RUCHER
La période d'hivernage n'est pas une période d'oubli. Régulièrement, il faut
passer au rucher pour vérifier, ruche par ruche que tout est en ordre : ruche
bien en place sur son support, sans dommage, toit toujours arrimé, trou de vol
libre pour les abeilles mais interdit d'accès aux plus gros prédateurs.
On profite de cette visite pour dégager si besoin, tout ce qui pourrait
perturber les vols de propreté à venir, ou la tranquillité de la colonie, telle
une branche pendante qui frappe la ruche au moindre vent...
REINE,
ES-TU LA ?
Dès le début d'hivernage, il est préférable de ne pas ouvrir la ruche, sauf en
cas de nécessité absolue. Aussi, l'apiculteur soucieux de vérifier la présence
d'une reine, sans déranger les abeilles, peut pratiquer cette simple opération
suivante : choisir une journée assez douce et sans vent, tapoter une paroi de la
ruche et y coller l'oreille. Il s'ensuit un bruissement : si celui-ci est net et
bref, la colonie possède très certainement sa reine. Si au contraire, le
bruissement se prolonge, la colonie est probablement orpheline.
Si tel est le cas, je propose 3 solutions dans l'ordre d'intérêt décroissant.
La première consiste à remérer, dès qu'une belle journée permet l'ouverture de
la ruche pour confirmation de l'orphelinage. Encore faut-il que la colonie en
vaille la peine, c'est-à-dire qu'elle soit populeuse et non bourdonneuse.
La deuxième est le rassemblement avec une autre colonie toujours après avoir
constaté l'orphelinage.
La troisième solution et la moins bonne est de reporter au printemps l'opération
de sauvetage : remérage ou réunion.
Si le test de détection proposé plus haut n'a rien de scientifique, il a au
moins le mérite d'être facile à mettre en oeuvre, à qui possède une bonne ouïe.
ARRET
DE PONTE
En théorie, et hormis les zones du Sud, la plupart des reines arrêtent de pondre
en novembre. Cependant, il n'est pas rare de trouver quelques petits ronds de
couvain en plein hiver. Avec l'emploi des fonds grillagés, il arrive également
que l'on découvre des oeufs sur le lange destiné à piéger les varroas tombés de
la grappe. Est-ce le résultat de reines prolifiques, incapables de garder en
elles la précieuse source de vie ?
Cette bizarrerie, je l'ai observée car il m'est arrivé de voir pondre une reine
dans le creux de ma main. Gardons tout de même à l'esprit que la surface de
couvain ira en s'amenuisant jusqu'à disparaître théoriquement.
Enfin, il faut noter que plus la durée d'arrêt de ponte est longue, plus elle
est défavorable au développement de l'acarien qui se reproduit sur la nymphe
pendant la période d'operculation.
CALORIFUGEAGE
DES RUCHES
D'après la majorité des auteurs, le calorifugeage des ruches est bénéfique pour
l'hivernage, il réduit la consommation hivernale. La ruche à simple paroi est
moins isolante que celle à double paroi. Dans ce cas, il est préférable de
laisser le vide entre les parois plutôt que de le combler avec des matériaux
isolants divers. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les fuites thermiques
sont plus importantes sur les parois verticales que par le toit. Donc, l'idée de
placer des protections contre les vents forts dominants est tout à fait
justifiée notamment pour les petits ruchers. Dans la ruche, la colonie hiverne
d'autant mieux qu'elle occupe juste le nombre de cadres qu'elle peut couvrir :
l'emploi de partition permet d'adapter le volume de la ruche à celui de la
colonie.

A titre indicatif, on admet qu'un cadre de corps est utile
par fraction de 250 g d'abeilles à hiverner. A ce sujet, il apparaît d'après une
étude russe, qu'un espacement étroit entre cadres réduit les pertes caloriques.
Si l'on exploite par exemple, la ruche Dadant 10 cadres, les espacements sont
imposés par des crémaillères permettant de placer 10 cadres dans le corps et 9
dans la hausse. Compte tenu de l'étude précitée, il vaut mieux faire hiverner la
colonie dans le corps, plutôt que dans sa hausse, si toutefois l'on était tenté
de le faire.
D'après une autre étude réalisée dans le Var, sous un couvre-cadres en tissu, la
colonie hivernante consomme moins, produit plus de couvain au printemps que sous
un couvre-cadres en bois. Sous ce dernier, l'espace laissé libre de 4/6 mm
autorise la circulation de l'air, alors que sous un tapis qui s'appuie sur les
cadres, au contraire, la circulation d'air est gênée. Est-ce mieux pour autant,
sachant que les échanges gazeux permettent aussi l'évacuation des gaz résiduels
dus à la respiration de la grappe et de l’humidité ambiante favorable au
développement de moisissures, de mycoses...
On peut aussi se poser la question du déplacement de la grappe pour accéder aux
réserves : le couvre-cadres en tissu est-il une gêne ? Dans ce cas, les abeilles
trouvent-elles une solution en ouvrant par exemple des passages (des tunnels)
dans les rayons? Seule une étude sur le long terme permettrait de répondre
objectivement, avec comparaison chiffrée de production à conditions égales d'
exploitation, sur le problème posé : couvre-cadres tissu ou couvre-cadres bois.
Nous avons tenté d'établir ci-dessous une liste non exhaustive des avantages et
inconvénients des 2 types de couvre-cadres.
COUVRE-CADRES
BOIS (passage libre)
Pour :
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L'accès aux provisions est facilité. |
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Bonne étanchéité si couvre-cadres d'une pièce ou quand les planchettes sont propolisées. La mince couche d'air chaud de 5/6 mm régule les variations thermiques. |
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Pas de niche pour la fausse teigne. |
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Si nourrissement, la planchette comportant le nourrisseur peut être déplacée sur la grappe. |
Contre :
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Dans les ruches panier, les rayons naturels sont soudés au plafond (construction en voûte pendante) : pas d'aération supérieure. |
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Si vide il y a, les abeilles s'empressent de boucher avec de la cire. |
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Les planchettes doivent être grattées après chaque ouverture de ruche. |
COUVRE-CADRES
– TAPIS (passage obstrué)
Pour :
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Le tapis est hermétique : pas de déperdition calorique. |
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Naturellement, les abeilles pratiquent des passages pour aller d'un cadre à l'autre. |
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Visite aisée : on ne soulève que la partie souhaitée du tapis. Pas de grattage du tapis. |
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Les tapis en fin de vie sont réutilisables dans l’enfumoir. |
Contre :
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Obstacle au passage des abeilles d'un cadre à l'autre. |
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Remplacement fréquent si race d'abeilles ayant tendance à propoliser. |
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Trou de nourrissement central sans possibilité de le changer de place. |
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La fausse teigne trouve pour se développer entre cadres et tapis, une niche inaccessible aux abeilles. |
En résumé, les atouts d'un bon hivernage passent par de
nombreuses et jeunes abeilles d'hiver, par de bonnes et suffisantes provisions
et par une bonne protection thermique des ruches. Enfin et pour mémoire, le
champion de l'isolation reste le panier de paille tressé qui est plus isotherme
et dans lequel on enregistre des variations de température plus faibles que dans
la ruche à cadres en bois.
NOURRISSEMENT
SOLIDE
L'administration de sirop est désormais exclu, seul un nourrissement solide peut
être proposé aux colonies nécessiteuses et/ou pour se rassurer en cas de doute.
La présence d'un pain de candi sur le trou de nourrissement ne gêne en rien
l'hivernage. Si besoin, les abeilles iront se servir et toujours par sécurité,
il pourra être renouvelé. La fabrication du candi est hasardeuse et sa
consistance peut varier d'une fabrication à l'autre, allant d'une substance
pâteuse, voire coulante, à un produit comparable à du béton.

Dans le 1er cas, il est prudent de déposer sous la plaque un
treillis ou un tamis autorisant le passage des abeilles mais limitant le risque
de coulure de candi dans la ruche. Dans l'autre cas extrême, on recouvre le
candi d'une feuille de plastique, afin de concentrer une certaine humidité
favorable à son ramollissement.
Mais pour éviter ces désagréments, il est conseillé de recourir au produit
fabriqué par les industriels, dont la consistance est régulière et sans
surprise.
Y a-t-il un risque à trop nourrir en automne ? Oui, avec du sirop si l'excès
provoque un blocage de ponte par manque de place, surtout en septembre-octobre.
Non, avec du candi, la colonie ne le consomme que s'il y a manque de provisions.
VOL
DE PROPRETE
L'abeille adulte consomme principalement du miel comme source d'énergie. Sa
digestion produit naturellement des déchets que l'abeille expulse hors de la
ruche lors de ses sorties.
Mais dès que la température extérieure ne permet plus les sorties, les matières
fécales s'accumulent dans l'ampoule rectale extensible et l'abeille peut rester
ainsi plusieurs jours sans se vider. Dès que les conditions météo redeviennent
favorables, même si ce n'est que pour quelques heures, elles en profitent pour
quitter la grappe à tour de rôle et déféquer : c'est le vol de propreté.
Dans un rayon de quelques dizaines de mètres, ce sont de multiples traces
jaunâtres, bien visibles sur la neige mais malheureusement aussi sur les
carrosseries de nos autos et sur le linge mis à l'étendage. Il faut alors
expliquer au voisin qui fera quelques remarques à ce sujet, le pourquoi de la
chose qui sera peut-être mieux acceptée.
L'idéal serait que les abeilles puissent se vider régulièrement, ce serait
salutaire pour elles et pour le voisinage...
FIN
DE TRAITEMENT ANTI-VARROASE
Après la durée de traitement préconisée par le G.D.S.A. départemental, les
lanières, support du médicament vétérinaire, doivent être retirées de la ruche.
Cela fait partie du protocole de lutte. Certes, il est tentant de les laisser en
place en se disant que si la molécule a été totalement diffusée, il n'y a pas de
risque à laisser 2 bandes de plastique tout l'hiver dans la ruche.
Mais est-on vraiment certain de l'absence de tout résidu de matière active ? Si
celle-ci est encore présente, même en quantité infinitésimale, elle restera en
contact avec les varroas rescapés.
Progressivement, ils s'accoutumeront et généreront à terme des souches de
varroas résistants. La plupart d'entre nous, anciens apiculteurs, ont connu ce
problème avec une molécule précédemment utilisée, le fluvalinate. Sommes-nous
suffisamment masochistes pour recommencer cette expérience qui a coûté la vie à
de nombreuses colonies et créé des soucis aux équipes chargées de maintenir le
cheptel apicole en bonne santé
Si l'opération de retirer les lanières est un acte individuel, c'est aussi un
devoir collectif. De cette façon, nous participons activement à conserver plus
longtemps l'efficacité de la molécule utilisée actuellement, l'amitraze.

C'est différent pour l'autre molécule légalement mise sur le
marché, le thymol, présentée sous forme de gel en barquettes. D'après le
fournisseur, celles-ci peuvent rester en place tout l'hiver. Par contre, la
chambre d'évaporation que l'on avait installée est un espace vide, inoccupé par
la colonie. Si cet espace vide reste tout l'hiver, la consommation de miel sera
majorée pour y entretenir la température. D' autre part, les abeilles seront
tentées au printemps, avant la 1ère visite, d'y construire quelques cires
inutiles qu'il faudra supprimer. Voilà encore de l'énergie perdue.
C'est pourquoi je pense qu'il est préférable de retirer les barquettes
lorsqu'elles sont vides et de supprimer la chambre d'évaporation. Plus la
colonie est confinée, moins elle consomme, mieux elle hiverne et plus elle sera
active à redémarrer au prochain printemps. N'est-ce- pas l'objectif que nous
devons nous fixer ? Hélas, il reste toujours les varroas rescapés qui se
réfugient et s'accrochent sur les abeilles. C'est le moment privilégié pour
exécuter un contrôle d'efficacité de la molécule utilisée, contrôle qui servira
également de traitement ponctuel, mais par sécurité nous attendrons décembre.
S'il paraît prématuré d'en parler maintenant, il est conseillé de prévoir tous
les matériels qui seront utilisés pour mettre en place ce contrôle/traitement :
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des langes dont la surface permet de couvrir le fond des ruches, |
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un produit gras, la graisse à traire convenant très bien, |
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la molécule active, l' amitraze vendue sous le nom commercial de Taktic, |
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une seringue graduée en ml pour doser justement le médicament |
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un pinceau pour le répartir sur le lange graissé. |
Voici le mode opératoire décrit maintes fois, mais dont le débutant en apiculture n'a pas forcément connaissance :
attendre que tout le couvain soit éclos afin que les varroas résiduels soient en poste sur les abeilles ;
attendre une journée douce avec une température ne descendant pas au-dessous de 7° ;
préparer les langes ; chacun d'entre eux doit couvrir la plus grande partie de chaque fond de ruche (tôle offset - papier rigide supportant la graisse) ;
enduire la surface d'un lange d'une pellicule de graisse à l'aide du pinceau ;
répartir 0,5 ml de Taktic sur toute la surface du lange et l'égaliser grossièrement au pinceau ;
introduire le lange sur le plateau de la ruche qu'il soit grillagé ou non ;
au bout de 2 à 3 jours, retirer le lange et dénombrer les varroas piégés ;
interpréter les résultats. Si le nombre de varroas dépasse 50, chiffre que l'on considère désormais comme une valeur maximale, recommencer l'opération.
N.B.
La molécule Amitraze utilisée sous cette forme n'a pas d'Autorisation de Mise
sur le Marché, mais elle est généralement tolérée d'emploi par les Services
Vétérinaires. Néanmoins, elle n'est pas anodine et est devenue interdite pour
toute autre utilisation qu'apicole (voir Abeille de France n°904 page 285. Des
précautions d'emploi sont recommandées : port de gants, de masque adéquat,
éviter tout contact avec les muqueuses et la peau. Se laver les mains en fin
d'opération.
Le rucher s'endort tout comme la végétation. Ce n'est pas une raison pour
sombrer dans l'inactivité. Bientôt à la Sainte Catherine, nous pourrons planter
quelques fruitiers, quelques essences autant plaisantes à l’œil qu'utiles à
l'abeille. Les apports attendus tant en nectar qu'en pollen peuvent paraître
insignifiants, mais les petits ruisseaux font les grandes rivières. Lors des
différentes rencontres apicoles, nous avons parfois la surprise d'apprendre que
dans certaines zones pavillonnaires, les plantations diverses des uns et des
autres permettent une production moyenne de miel par ruche, supérieure à celles
présentes dans certaines campagnes certes bien vertes mais sans fleurs. Alors,
semons, plantons, multiplions les bonnes essences.
B. Cartel
avec l'aimable autorisation de la revue
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