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Les abeilles courent les rues Le projet « Sentinelle » pourrait être mis en place pour que les abeilles butinent en ville. Par Gaëlle Richard - Sud-Ouest 18 janvier 2006 |
Le
projet « Sentinelle » prévoit d'installer des ruches en ville, où les abeilles
subissent moins l'effet des produits phytosanitaires.
Pour le Gers c'est un comble. Le département qui brandit sa ruralité comme un
étendard pourrait accueillir le projet « Sentinelle ». Lancé fin 2005 par
l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf),
ce projet, déjà concrétisé dans certaines villes, consiste à poser des ruches en
milieu urbain pour sauver les abeilles, intoxiquées en milieu rural par les
pesticides. C'est du moins la thèse qu'énonce l'Unaf qui a mis des ruches dans
les villes de Paris et Nantes. « Toulouse serait partante également », annonce
Raoul Gauffre, responsable Unaf de Midi-Pyrénées. Dans le Gers, aucune ville
n'est pour le moment concernée. « Nous allons très bientôt nous mettre en
contact avec les apiculteurs gersois pour leur présenter le projet », promet
Renée Garraud de l'Unaf. Une tâche qui ne s'annonce pas des plus aisées puisque
les apiculteurs gersois ne sont pas solidement unis en syndicat ou union
professionnelle, contrairement à leurs collègues de l'est ou de l'ouest du pays.
Il existe bien le Syndicat des producteurs de miel de France (SPMF) dont le
siège est situé à la chambre d'agriculture d'Auch mais son président, Gérard
Schiro, reste sceptique quant à l'efficacité de ce projet : « Le côté positif de
ce projet dont j'ai vaguement entendu parler est, qu'au moins, on parle des
abeilles et de l'apiculture. Ceci étant, des abeilles en ville, il y en a déjà
naturellement partout, sous les toits, dans les clochers, les cheminées etc ».
C'est justement le milieu urbain qui, selon l'Unaf, pourrait protéger les
abeilles. Toujours selon l'union des apiculteurs, l'hyménoptère possède un
filtre qui la protège mieux contre la pollution urbaine que contre les
pesticides. Dans la ligne de mire des apiculteurs, le Régent et le Gaucho
(désormais interdit pour le tournesol). « Les abeilles butinent dans un rayon de
trois kilomètres autour de leur ruche, explique Renée Garraud. Si, dans ce
périmètre, des pesticides se trouvent dans les cultures, les insectes sont tués.
De plus, dans les campagnes, une fois les floraisons passées, les abeilles n'ont
plus grand chose à butiner. Alors que dans les villes, les habitants
maintiennent plus longtemps des fleurs et des plantes dans leurs jardins, et les
municipalités entretiennent les espaces verts. Tout cet espace est d'autant plus
à butiner pour les abeilles et cela leur évite de mourir trop tôt ». Apiculteur
amateur à Condom, Pierre Grassotto a constaté le même phénomène. « J'ai une
trentaine de ruches juste à la sortie de la ville, route de Caussens, ce qui
fait que les abeilles peuvent aller en ville, dit-il. Jusqu'à 2005, ces ruches,
sur la soixantaine que je possède, ont toujours été celles qui produisaient le
plus. Ce n'est pas magique, c'est juste que les abeilles des villes commencent
plus tôt à butiner et finissent plus tard grâce aux fleurs qu'elles trouvent
plus facilement qu'à la campagne où, à la fin du colza, il ne leur reste pas
grand chose ». Ainsi, à Paris, la ruche qui produit le plus est celle située...
sur le toit de l'Opéra de Paris, avec 100 kg de miel.
Pas de mégalopole gersoise. Le Gers n'étant pas pourvu de mégalopole, on peut se
demander si ce département serait d'un bon accueil pour les abeilles Sentinelle.
« Du moment que les villes font plus de trois kilomètres de diamètre, oui,
assure Renée Garraud, puisque c'est le rayon d'action des abeilles. Cependant,
si on installe une ruche sur le clocher d'un petit village et qu'à moins de
trois kilomètres, il y a des champs et des pesticides, cela ne sera d'aucune
efficacité puisque l'on sera confronté au même problème de pollinisation qu'en
campagne ». Les conséquences de la « diminution des essaims et du nombre
d'apiculteurs » selon les chiffres de l'Unaf, a également des conséquences en
chaîne sur l'agriculture de part le rôle de pollinisation des abeilles.
L'insecte pollinise les plantes car son corps est couvert de petits poils
branchus. Les grains de pollen, microscopiques, s'y accrochent et se redéposent
sur d'autres plantes. Si la pollinisation se fait moins, il y aura donc moins de
production de fruits et de légumes. « Nous avons déjà remarqué des problèmes sur
les fraisiers » avertit Renée Garraud.
Alors, pour accueillir des abeilles sur sa terrasse, comment faire ? « Les lieux
possibles d'installation de ruches sont multiples et variés, précise-t-elle.
Toits, terrasses, espaces verts et jardins publics se prêtent parfaitement à
l'accueil et aux besoins des abeilles. Au préalable, une étude et une visite des
emplacements possibles permettent de déterminer le lieu d'installation adéquat,
quant aux conditions de sécurité du public ou des employés ». Puis un contrat
est établi entre « l'accueillant » et l'Unaf. L'Union nationale prévoit aussi
une « communication » autour de la pose des ruches puisque le projet «
Sentinelle » consiste à « rapprocher l'abeille des citoyens et la présence de
colonies d'abeilles sur des bâtiments publics constitue un vecteur de
communication majeur tant pour les apiculteurs que pour les collectivités
territoriales qui souhaitent apporter des réponses concrètes aux interrogations
d'aujourd'hui ». L'Unaf pense décidément à tout.
En revanche, le contrat ne prévoit pas l'intervention des pompiers ou de
sociétés spécialisées dans les cas où les abeilles se perdent dans les rues. Et
l'on verra peut-être un jour, fleurir sur les pots, la mention « Miel de ville
», au lieu de « Toutes fleurs »..
Gaëlle Richard