L'apiculture argentine en 1994
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Article de Gilles RATIA paru dans la revue Abeilles & Fleurs N°433 du 12/94


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Introduction

En période de crise apicole due, en grande partie, à la mondialisation des marchés, il est important d'affiner ses connaissances sur les pratiques des collègues à l'autre bout du monde, d'autant plus vrai quand ces derniers contribuent, pour une part importante, aux 200 000 tonnes exportées sur les 900 000 tonnes de miel produites sur la planète, à hauteur d'un pourcentage à deux chiffres. Un an après avoir, pour les colonnes de l'E.D.A.P.I., décrit l'apiculture en Chine (et aussi en Mongolie), Gilles Ratia, consultant international, brosse un portrait détaillé des conditions technico-économiques de l'Argentine. Avertissement : tous les prix indiqués dans les tableaux et graphiques sont en dollars américains.

L'apiculture argentine, notamment dans les provinces englobant la pampa humide et la pampa sèche, offre des potentialités non négligeables en terme de production globale de miel et aussi en terme d'augmentation des productions agricoles par l'action de pollinisation des abeilles. Depuis une quinzaine d'années, elle s'est toujours située parmi les quatre principaux exportateurs de miels du monde (souvent ex aequo avec le Mexique pour la seconde place) principalement grâce à, d'une part, un niveau de connaissance élevé et, d'autre part, une flore mellifère généreuse (encore sous exploitée à l'heure actuelle). La pression exercée sur le marché international par les miels chinois (ouverture commerciale) et par ceux de l'Europe de l'Est (nouveau redéploiement politique) tend à diminuer de façon notable le revenu moyen des praticiens argentins lequel était relativement confortable jusqu'à un passé récent. Ainsi, la planétarisation des échanges, liée à l'essor des transports intercontinentaux, s'allie aux nouveaux circuits de la grande distribution pour exercer une forte baisse des revenus des apiculteurs professionnels de tous pays. L'énorme pouvoir de négociation des prix de la part des centrales d'achats occidentales influe négativement tout aussi bien sur les gros négociants allemands que sur les producteurs de base des pays en voie de développement (chinois compris) et a fortiori sur les apiculteurs européens. En fait tous les acteurs de la filière souffrent, certes à des degrés divers, des prix tirés vers le bas inexorablement à coup de cents. Beaucoup de préjugés sont à remiser en cette fin 1994.

Conditions de Milieu

Géographiques :

Géologiques :

Plaines sédimentaires à dépôts extrêmement fins et à pente infime. Sols salins dans les régions de lagunes.

Climatiques :

Les données du climat deviennent de plus en plus atypiques en raison de deux facteurs majeurs :

Ces influences se traduisent par une augmentation des précipitations depuis une vingtaine d'années et donc une nappe phréatique beaucoup plus présente et haute. Durant la campagne 1993, les rendements apicoles ont baissé de 40 à 50 % à cause des inondations.

Botaniques :

Les activités humaines ont profondément changé le paysage tel qu'il se présentait avant la colonisation. Parmi toutes les cultures, le tableau ci-après résume les périodes de floraison des essences les plus mellifères :

L'appellation " Prairies " comprend les floraisons suivantes :

Nom vernaculaire F.

Nom vernaculaire E.

Nom latin

trèfle blanc

trébol blanco

Trifolium repens

trèfle incarnat

trébol rojo

Trifolium incarnatum

mélilot blanc bisannuel

trébol de olor

Melilotus alba

luzerne

alfalfa

Medicago sativa

chardons

cardos

Cirsium vulgar

Cynara cardunculus

Cardus sp.

L'appellation " Tournesol " comprend la floraison suivante :

Nom vernaculaire F.

Nom vernaculaire E.

Nom latin

tournesol

girasol

Helianthus annuus

L'appellation " Agrumes " comprend les floraisons suivantes :

Nom vernaculaire F.

Nom vernaculaire E.

Nom latin

oranger

naranja

Citrus aurantium

Citrus sinensis

mandarinier

mandarino

Citrus deliciosa

Citrus reticulata

pamplemousse

pomelo

Citrus grandis

L'appellation " Eucalyptus " comprend les floraisons suivantes :

Nom vernaculaire F.

Nom vernaculaire E.

Nom latin

eucalyptus

eucalyptus

Eucalyptus alba

Eucalyptus grandis

Eucalyptus rostrata

Eucalyptus saligna

E. tereticornis

Il ne faut pas oublier, bien sûr, un ensemble considérable de végétaux qui donnent des "Mille Fleurs" différents d'un coin à un autre du pays, d'une année sur l'autre. Les éléments déterminants de cette flore mellifère sont essentiellement composés de deux ensembles floraux sauvages dénommés :

Nom vernaculaire espagnol

Nom latin

chilca *

Eupatorium bunifolium

camalote *

Tessaria integrftoria

aliso

Eichornia crassipe

* végétaux aquatiques

Nom vernaculaire espagnol

Nom latin

algarrobo

Prosopis sp.

caldén

Prosopis caldenia

quebracho colorado

Schinopsis balanzais

yerba de la oveja

Baccharis ulicina

brusquilla

Discaria longispina

chilladora

Chuquiraga erinacea

palo santo

Bolnesia sarmiento

Une note particulière est à apporter à propos d'une variété particulière brésilienne de soja (fleurs plus petites) qui donne du nectar (Glycine max).

Économiques et sociales :

L'Argentine a créé, en une période relativement courte, un nouveau contexte économique et législatif propice aux investissements étrangers par une politique " d'ajustement structurel " dont les traits principaux sont :

Le secteur agricole de l'Argentine représente 13 % du P.I.B., occupe 11 % de la population active du pays et fournit 51 % des revenus de son commerce international, 70 millions d'hectares sont consacrés aux cultures et à la forêt et 160 millions d'hectares sont destinés à l'élevage le plus souvent extensif (50 millions de bovins). Quelques chiffres clefs :

Matériel Biologique

Races :

A l'ère précolombienne, il n'y avait pas d'abeilles sur le continent américain. Seules étaient connues les Méliponnes et Trigones, autres abeilles sociales, sans dard, peu productrices de miel. Les premières abeilles dites domestiques sont arrivées d'Europe. Depuis l'arrivée malencontreuse sur le sol sud-américain en 1956, d'Apis mellifica scutellata, abeille du centre ouest africain (expériences du Professeur Kerr de Sao Paulo - Brésil), l'Argentine a été envahie par une hybride agressive, dite " africanisée " jusqu'au 32 ° de latitude sud (plus bas, il fait trop froid). Cet état de fait se traduit donc sur le terrain par deux pratiques différentes de l'apiculture. Au nord, l'agressivité de "l'abeille tueuse", ainsi anciennement surnommée par les médias, oblige les apiculteurs à changer régulièrement leurs reines pour des italiennes (Apis mellifica ligustica) provenant soit directement des États-Unis (de Géorgie précisément, avec de piètres résultats - 13 $ pièce), soit d'éleveurs locaux (8 à 10 $ pièce), soit de leurs propres élevages. Au sud, les apiculteurs tendent à exercer une simple sélection massale des abeilles dites " créoles ". Il n'existe aucun plan de sélection généalogique et la pratique de l'insémination artificielle est fort rare et non commerciale.

Répartition et densité : Il a été estimé (et non recensé) environ 1 400 000 ruches, soit une densité moyenne de 0,5 ruche / Km2 pour tout le territoire. Si l'on retire les hauts reliefs andins et la Patagonie, on obtient le chiffre corrigé de 2 ruches au Km2 soit presque deux fois moins que celle de la France par exemple. Moins de 10 % du cheptel transhume. Les concentrations les plus fortes se situent sur les cultures de trèfles et mélilots. Le nombre moyen de ruches par rucher oscille entre 50 et 60.

Pathologies et autres nuisances :

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Les degrés d'infestation par les loques (américaine et européenne), l'acariose, la nosémose, les mycoses et la varroase correspondent à la moyenne de ce que l'on rencontre dans des pays à latitude identique, à ceci prés : l'abeille " africanisée ", par son comportement, son régime particulier de sécrétions phéromonales et aussi grâce à un cycle larvaire plus court, semble bien moins vulnérable aux attaques de Varroa jacobsoni. En ce qui concerne les prédateurs, la lutte contre la fausse-teigne (Galleria mellonela) s'effectue dans les meilleures conditions puisque les hausses sont stockées le plus souvent en quinconce à l'air libre et à la lumière sans traitement par diffusion de dibromure d'éthylène ou de mèches soufrées. Quant aux oiseaux, mammifères, reptiles, fourmis, termites, araignées, etc..., leur impact est insignifiant et bien moins dangereux que celui de l'homme. Ce dernier est en effet à la source des épandages de pesticides sur les cultures de coton et de soja où les apiculteurs évitent généralement d'exposer leurs colonies (épandages de deltaméthrine et endosulfan notamment). Des bulletins radiodiffusés d'avertissements agricoles existent d'ailleurs à ce sujet.


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