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France |
| Les cadavres d'abeilles ont parlé "Le Régent ne m'a pas tuer" par Jean-Claude Jaillette |
Décimées par un pesticide,
les abeilles ?
Faux ! "Marianne" a eu accès au rapport d'autopsie l'arme du
crime n'est pas celle qu'on croyait.
La
méthode est infaillible. Pour faire parler un cadavre d'abeille dont la mort
brutale, en compagnie de 22 millions de ses congénères, vient de plonger les
campagnes françaises dans une polémique violente sur l'utilisation de deux
pesticides, le Régent et le Gaucho, il suffit de pratiquer une autopsie. Comme
le font toutes les polices scientifiques confrontées à un mystérieux macchabée.
La méthode est, dans les labos vétérinaires, d'une grande banalité.
Des
autopsies ont donc été pratiquées sur les abeilles de Jean-Claude Cauquil,
apiculteur en Haute-Garonne. Les occupantes de ses 3 000 ruches ont été
anéanties en quelques heures au printemps 2002. Les apiculteurs, leurs experts
et leurs avocats ont trouvé là les arguments pour renouveler leurs pressions sur
le gouvernement et faire interdire les deux molécules de base du Gaucho et du
Régent : l'imidaclopride et le fipronil. Jusqu'à ce jour, les résultats de ces
opérations « abdomens ouverts » n'ont pas été rendus publiques. Marianne a pu
consulter le rapport transmis par le laboratoire Lara de Toulouse au service
régional de la protection des végétaux de Midi-Pyrénées. Il est accablant pour
ceux qui, faisant fi des mises en garde des scientifiques incapables de mettre
en évidence la responsabilité des deux molécules dans les hécatombes d'abeilles,
ont obtenu la suspension de leur utilisation. Il prive de fondement les
harangues du président du conseil général de Vendée, Philippe de Villiers, qui,
soudain converti à l'écologie à l'approche des échéances électorales, s'est fait
le héraut des apiculteurs.
Les abeilles faisaient leur miel d'une bombe chimique, le Coumaphos, un
antiparasite hautement toxique.
La présence de 13 pesticides a été recherchée. Un seul a été détecté, à des
doses 1000 fois supérieures à la dose létale pour les insectes. Il s'agit du
Coumaphos, un antiparasite très dangereux pour celui qui l'utilise, ne disposant
d'une AMM (autorisation de mise sur le marché) que pour les chiens, tant il est
déconseillé de l'utiliser sur des animaux destinés à la consommation humaine.
Les apiculteurs y ont recours pour lutter contre la varroase, une maladie
parasitaire ravageuse, l'entourant alors d'infinies précautions. Ils veulent
ainsi ménager leur propre santé, celle des abeilles, mais aussi celle des
consommateurs de miel, car le Coumaphos, extrêmement toxique selon
l'Organisation mondiale de la santé (OMS), se fixe dans les cires. Bref, les
abeilles faisaient leur miel d'une bombe chimique !
Pour que 0,29 mg/kg se retrouve dans les abeilles de Jean-Claude Cauquil, il a
fallu que les doses utilisées soient largement supérieures à ce que la prudence
recommande. Alors que ses abeilles trépassaient en masse, l'apiculteur nous
avait affirmé présenter des troubles, des nausées, des irritations oculaires.
Symptômes décrits par l'OMS comme ceux d'une exposition excessive au Coumaphos.
L'antiparasite a-t-il à ce point imprégné les parois des ruches après de
multiples utilisations mal maîtrisées ? A-t-il contaminé des eaux de
ruissellement après utilisation sur des bovins, comme le prétend Jean-Claude
Cauquil ? L'enquête judiciaire apportera peut-être les réponses. Mais la
présence dans les cires de 3 mg/kg (10 000 fois la dose létale), détectés par le
même laboratoire quelques semaines plus tard, tend à accréditer l'hypothèse
d'une utilisation régulière et ancienne.
L'apiculteur se défend : si laboratoire n'a pas trouvé de fipronil, c'est qu'il
ne l'a pas cherché. Ce que nous ont confirmé les commanditaires de l'autopsie.
Mais, en 2003, 400 ruches ont été détruites en quelques heures dans la même zone
(contre 3 000 un an auparavant). Du fipronil été retrouvé dans les abeilles, à
l'état de trace. Du Coumaphos aussi, en quantité comparable à celle détectée en
2002.
Depuis, le procès du fipronil a été instruit, le jugement rendu Est-il vraiment
coupable ? Il flotte au-dessus des ruches, comme un parfum d'erreur judiciaire.
Jean-Claude Jaillette
Réaction de l'UNAF à cet article
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