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France |
| Ecosystèmes : et si les abeilles disparaissaient ? par Jacques Tarnero |
Au-delà des polémiques autour de certains insecticides (retrait du Régent de la firme BASF, et du Gaucho sur maïs de Bayer), Science actualités a cherché à comprendre ce qui se passait réellement sur la « planète des abeilles » en donnant la parole aux experts et aux éleveurs d’abeilles, les apiculteurs.
Quand
les abeilles ne font plus leur miel…
L’histoire des abeilles accompagne celle de l’homme. Depuis l’aube de
l’humanité, l’homme en savoure le miel. Aujourd’hui le nectar se fait rare car
les abeilles sont malades. Depuis une trentaine d’années, en France, les
populations d’abeilles diminuent, se fragilisent. Désigné coupable : l’homme
avec la surexploitation industrielle de la nature, l’ajout inconsidéré de
produits chimiques pour produire, mieux, plus. Le « plus » s’est transformé en
son contraire. Encore une fois, voilà l’écosystème menacé.
Car hormis l’abeille, c’est toute la chaîne complémentaire qui relie l’animal au
végétal qui se trouve déréglée. Pas d’abeilles = pas de pollinisation =
disparition de certaines espèces végétales = disparition de certaines espèces
animales…
Les
abeilles sont elles menacées de disparition ?
Malformations, troubles du système nerveux, désorientation, troubles du
comportement, les abeilles présentent toutes sortes de symptômes qui révèlent un
état de santé fragile. Certaines abeilles ne retrouvent pas leur ruche. D’autres
en sont refoulées parce que non reconnues par le reste du groupe. C'est le
constat de différentes études menées par l'INRA depuis une dizaine d'années.
Quelle
part de responsabilité aux insecticides ?
Les insecticides nouvelle génération sont accusés de provoquer la mort des
abeilles. L’imidaclopride et le fipronil, sensés uniquement protéger la plante,
seraient aussi ingérés par les abeilles. Mais les effets nocifs de ces
insecticides ne se limiteraient pas aux seules abeilles. Selon certains experts
de l’Inra (Institut national de la recherche en agronomie), leurs molécules
présentent des dangers multiples pas encore assez évalués. Les molécules
employées, ne seraient pas sans effet sur l’homme.
Parmi eux, un neurotoxique, le Régent, produit par la firme BASF, est
particulièrement dénoncé par les apiculteurs. La vente du Régent a été
suspendue. L’insecticide est soupçonné de décimer les abeilles. Par ailleurs un
autre produit, le Gaucho sur maïs, fabriqué par Bayer, et également mis en
cause, a été un peu plus tard retiré du commerce.
Pourtant la nocivité de ces molécules n’est pas établie de manière absolue. Des
expertises ont donné des résultats contradictoires. Ainsi d’autres recherches
menées par l’Inra présentent des résultats moins catégoriques. Les fabricants
rejettent, eux, toute responsabilité.
Un
problème mondial aux multiples causes…
En trente ans, des pathologies multiples ont touché les abeilles et se sont
répandues à la surface du globe. La complexité des causes et la multiplication
des facteurs rend les diagnostics difficiles. Ainsi les importations d’espèces
ont simultanément importé des pathologies inconnues.
Dans le sud de l’Inde, dans l’Etat de Karnataka, jadis important producteur de
miel, jusqu’à 90% des colonies d’abeilles indigènes avaient été détruites au
début des années 90 par un virus importé. Le préjudice économique était
considérable. Seul un programme complexe de la FAO, comprenant une aide
économique et une formation des éleveurs, permet de reconstruire les
populations.
Au Québec, dans la région de Rimouski, les populations ont aussi été décimées
par des agents parasitaires inconnus.
En Irak, ce sont les effets toxiques de la guerre du Golfe (fumées dues aux
incendies des puits de pétrole) qui ont détruit 90% des colonies apicoles.
Il ne s’agit donc ni d’un problème spécifiquement français, ni même ne touchant
que les pays pratiquant une agriculture avec usage massif de produits chimiques.
Reste malgré tout à quantifier les parts de responsabilité en fonction des
différents facteurs en jeu, mais là aucune étude scientifique ne semble en
mesure de répondre précisément…
Disparition
des abeilles : quelles conséquences pour l’écosystème ?
Les abeilles sont autant productrices de miel qu’elles sont indispensables à la
pollinisation des fleurs et des plantes. En effet les abeilles constituent un
élément dans la chaîne interactive des écosystèmes. Le rôle de l’abeille est
très important dans les divers cycles de la vie des diverses espèces. Pas
d’abeilles, pas de miel mais surtout non reproduction et disparition de
certaines espèces végétales, donc disparition de certaines espèces animales.
« Si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre », prophétisait Einstein…
L’abeille
fait partie du patrimoine de la culture humaine…
Apparue sur la Terre il y a 80 millions d’années, l’abeille a accompagné les
pérégrinations humaines. Déjà sur des peintures rupestres, on peut voir des
hommes récoltant le miel… Sur les hiéroglyphes comme sur les représentations de
la Mésopotamie antique autant que celles de la Chine des premiers siècles de
notre ère, la récolte du miel est illustrée. La terre promise est celle où
coulent le lait et le miel. Le produit de l’abeille fait bien figure de première
douceur pour une humanité balbutiante et souffrante. À l’évidence, en ce début
de XXI° siècle, l’homme ne peut toujours pas se passer de l’abeille…
Jacques Tarnero