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CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFI0UE
Règlement CE 1221/97
Convention MAP/ CNRS N° 081.0810.00 et 081.0900.00


"Effets des produits phytosanitaires sur les abeilles"

Programmes 1999 et 2000

AFSSA - CNRS - INRA
Rapport de résultats n° 3 au Ministère de l'Agriculture et de la Pêche


Juin 2000

Dr J.-M. BONMATIN (CNRS) Dr E. R. BENGSCH (CNRS)
Dr I. MOINEAU (CNRS) Dr S. LECOUBLET (CNRS)
Dr M. E. COLIN (INRA) Dr C. FLECHE (AFSSA
)


RAPPELS SUR LA CAMPAGNE D'EXPERIMENTATIONS DE 1998

La campagne d'essais de terrain menés en 1998, a montré qu'assez peu de différences avaient pu être observées entre les zones de tournesol traitées Gaucho® et les zones non traitées Gaucho® (mais traitées Gaucho® antérieurement et traitées avec d'autres insecticides cette année là).

Des comportements anormaux ont été observés sur les deux types de sites, au niveau du comportement général des colonies et de celui des abeilles butineuses. Par exemple, l'origine botanique du miel n'était plus massivement issue du tournesol comme avant, car d'autres miellées étaient exploitées en même temps. Au niveau du butinage, des symptômes d'intoxication subaiguë ont été constamment relevés dans les champs de tournesol. La présence de ces anomalies était donc permanente et semblait assez comparable entre les zones traitées et non traitées Gaucho®.

Parallèlement à ces observations de terrain, des essais en laboratoires ont démontré que l'abeille est affectée par des doses sublétales d'insecticide Gaucho® (matière active imidaclopride) de l'ordre de 1 à 20 ppb. Ceci pourrait expliquer les problèmes de dépopulation des ruches depuis quelques années et des récoltes 1998 de miel de tournesol encore inférieures à celles des années précédentes.

Il est à noter que de nombreuses mortalités dans les ruches ont été observées en période d'hivernage lorsque les abeilles utilisent leurs réserves de pollen récolté l'année précédente.

Plusieurs explications ont été suggérées à partir des observations, expérimentations et analyses menées en 1998, dont notamment :

(i) l'intoxication sublétale par le pollen de tournesol traité Gaucho®,
(ii) la présence d'imidaclopride dans les cultures non traitées Gaucho® en 1998 mais poussant sur des sols aux antécédents culturaux Gaucho®,
(iii) l'intoxication possible par d'autres cultures traitées Gaucho® (ex : Maïs) dont le pollen est aussi ramassé par les butineuses.

OBJECTIFS 1999-2000

Cette étude AFSSA - CNRS - INRA fait suite aux expérimentations menées en 1998 sous le titre « Effets des produits phytosanitaires sur abeilles» du règlement CE 1221/97.

Le projet concerté proposait d'obtenir des informations complémentaires et pertinentes grâce à des expérimentations et observations de terrain, sous tunnel et en laboratoire. Ce projet devait pouvoir, le cas échéant, conforter et étendre les conclusions de 1998. Il a pour objectif d'amener des précisions sur la toxicité du Gaucho® sur abeilles, notamment au niveau sublétal et également sur les principales voies d'entrée du toxique par le pollen, les exsudats et/ou le nectar. De plus, diverses formes d'intoxication peuvent co-exister : par ingestion ou par contact et de façon directe ou différée.

Trois principaux axes de recherches ont donc été développés et leurs résultats devraient pouvoir être inter corrélés :

la recherche des effets sublétaux du pesticide sur abeilles (études du comportement),

la biodisponibilité du pesticide dans les végétaux et pollens d'intérêt pour l'abeille,

la rémanence du pesticide dans les sols des cultures (tournesol, maïs ) pouvant entraîner le transfert du pesticide dans les végétaux non traités.

Concernant les effets sublétaux sur abeilles, deux rapports ont déjà été remis (*) concluant que l'activité de butinage est significativement perturbée à quelques ppb d'imidaclopride, voire en dessous du ppb pour son dérivé oléfine.

Le présent rapport concerne plus particulièrement les aspects analytiques et les analyses du CNRS - Centre de Biophysique Moléculaire. Les méthodes analytiques mises au point et validées permettent de rendre compte ici des résultats relatifs à :

la biodisponibilité de l'imidaclopride dans les végétaux traités Gaucho®,

la rémanence de l'imidaclopride dans les sols,

et, en conséquence, son transfert dans les végétaux non traités Gaucho®.

Comme prévu, le présent rapport prend en compte les demandes et recommandations exprimées le 28/06/99 par les représentants des commissions compétentes du MAP et du MATE, notamment le développement et l'utilisation des méthodes analytiques pleinement validées et les plus sensibles.

Les trois axes principaux ci-dessus constituent des voies de recherches répondant au programme CE 1221/97. Les résultats de ce projet pourront être rapprochés des résultats des études complémentaires requises par la Commission des Toxiques le 16/12/98 et par le Ministre de l'Agriculture et de la Pêche en sa décision du 15/01/98 et JO du 14/02/99.

(*) Rapport n' l : 'Effets de très faibles concentrations d'imidaclopride et dérivés sur le butinage des abeilles en conditions semi-contrôlées', Colin et coll., mars 2000.
Rapport n°2 : 'Enregistrement et analyse des anomalies de butinage constatées en Vendée', Colin et coll., juin 2000.


SOMMAIRE

  1. LA METHODE ANALYTIQUE ET LES PRELEVEMENTS SUR LE TERRAIN

  2. BIODISPONIBILITE ET REMANENCE DE L'IMIDACLOPRIDE DANS LES SOLS

  3. BIODISPONIBILITÉ ET REMONTEE DE L'IMIDACLOPRIDE DANS LES VEGETAUX

  4. CONCLUSION GENERALE

  5. ANNEXES

Seule la conclusion générale vous est présentée sur ce site.


CONCLUSION GENERALE

Notre méthodologie analytique HPLC-MS/MS est pleinement validée. Elle permet de détecter l'imidaclopride (matière active du Gaucho®, Confidor®, Férial®...) dès 0,1 ppb et de le quantifier à partir de 1 ppb. Dès lors, l'étude de la biodisponibilité de l'imidaclopride dans les végétaux est pertinente au regard des doses provoquant des effets sublétaux sur les abeilles. Ces effets se situent en dessous de quelques parties par milliard (ppb) ou quelques nano-grammes d'imidaclopride par abeille (NOEC < 3 ppb). La situation peut être largement aggravée par la présence de métabolites dont certains sont aussi toxiques, voire plus, que l'imidaclopride lui-même (annexe 2).

Nous avons donc étudié la biodisponibilité de l'imidaclopride dans les végétaux traités Gaucho® mais aussi sa persistance dans les sols puis son recouvrement par les végétaux non traités.

Les tournesols et les maïs traités Gaucho® contiennent de l'imidaclopride dans toutes les parties de la plante, particulièrement au niveau des fleurs à une dizaine de ppb. Sur le terrain, un phénomène de remontée de l'imidaclopride à la floraison est mis en évidence, probablement lié à un métabolisme important lors de la production de graines.

Lors d'une culture traitée Gaucho®, les sols contiennent de l'imidaclopride à plusieurs dizaines voire centaines de ppb. Un an plus tard, l'imidaclopride persiste à S ppb en moyenne. Deux ans plus tard, le toxique est encore présent et il semble que trois années soient nécessaires pour qu'il ne soit plus détectable (< 0,1 ppb). Ces données de terrain illustrent, la forte rémanence de l'imidaclopride dans les sols. sachant que sa durée de vie élevée est argumentée par ailleurs (DTSO de 6 à 9 mois). Lors de traitements successifs Gaucho®, il n'a pu être exclu que la rémanence génère une accumulation dans les sols, ceci d'autant que les sols peuvent recevoir deux cultures traitées Gaucho® la même année.

Les cultures non traitées sont capables d'absorber l'imidaclopride résiduel des sols contaminés antérieurement par un ou plusieurs traitements Gaucho®. Le transfert sol --> plante de l'imidaclopride est particulièrement effectif dans les cas du tournesol et du maïs qui présentent un intérêt majeur pour l'abeille.

Ce transfert est même effectif dans les fleurs de plantes non semées (adventices) qui sont fréquemment visitées par les abeilles.

Ces travaux permettent de valider le protocole de prélèvement sur le terrain, établi par le comité de pilotage en 1998, car aucune contamination accidentelle n'a été observée. De plus, ils expliquent probablement pourquoi des symptômes chroniques d'intoxications des abeilles avaient été observés en 1998 à la fois sur des sites témoins et traités Gaucho®, et pourquoi d'autres paramètres n'avaient pas conduit à des différences très significatives. En effet, les tournesols témoins n'étaient pas totalement exempts d'imidaclopride. De plus, les zones témoins étaient traitées avec un ou plusieurs autres insecticides (lindane, carbofuran, fipronil...) pouvant aussi être toxiques sur les abeilles. De ce lait. il apparaît clairement que les comparaisons de terrain doivent se faire par rapport à des cultures sur parcelles d'agriculture biologique.

Si l'efficacité à (très) long terme de l'insecticide Gaucho® ne fait plus aucun doute, sa compatibilité environnementale à la dose homologuée est nécessairement discutable. En effet, il n'apparaît aucun facteur de sécurité (généralement de 10 ou plus) entre les doses d'imidaclopride provoquant des effets sublétaux et sa biodisponibilité en plein champ.


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