Par Charrière Jean-Daniel, Imdorf Anton et Fluri Peter
Station fédérale de recherches laitières Liebefeld
Section apiculture
CH-3003 Berne
Suisse
Dans le cadre
d'une stratégie de lutte alternative contre Varroa jacobsoni, un traitement d'automne en
absence de couvain est nécessaire. Un tel traitement peut aussi se révéler
indispensable dans certaines régions, pour les colonies traitées à l'Apistan ou au
Bayvarol. L'acide oxalique (AO) appliqué par pulvérisation a fait ses preuves pour un
tel traitement automnal. On atteint une haute efficacité contre Varroa et les abeilles
tolèrent bien ce traitement.
L'application par pulvérisation à par contre l'inconvénient d'être laborieuse. Pour
pallier ce problème, une application par dégouttement de la solution d'acide oxalique
entre les cadres de la ruche a été développée, mais les essais réalisés en 1997
laissaient supposer une moins bonne tolérance par les abeilles. Des essais ont donc été
conduits en automne 1998 afin d'optimaliser la formulation de la solution utilisée pour
le dégouttement. Ces essais s'inscrivent dans le cadre d'un projet de recherches
européen (action concertée) auquel participe 16 instituts apicoles et visant au
développement de méthodes de lutte alternatives. Nous vous présentons ici les
résultats obtenus dans les conditions suisses.
Quelles solutions d'acide oxalique avons-nous
testées?
Nous avons comparé cinq solutions contenant des quantités différentes d'acide oxalique
ainsi que des solutions sucrées ou non.

Pour les traitements par dégouttement à l'acide oxalique, cinq
millilitres de solution sont versés goutte à goutte dans chaque entre-cadre occupé par
des abeilles. Ce traitement n'agissant pas sur les Varroa dans les cellules de couvain, il
est important que les colonies soit exemptes de couvain au moment du traitement. Sept
ruchers répartis sur l'ensemble de la Suisse ont participé à cet essai. A l'exception
des ruchers "Boden" et "Wohlei" équipés de ruches Dadant-Blatt, les
ruches utilisées sont de type suisse.
Les traitements par dégouttement à l'acide oxalique ont été réalisés selon les
ruchers entre le 7.11.98 et le 14.12.98 par des températures ambiantes supérieures à
7° C.
Critères observés
Efficacité des traitements
Les Varroa morts ont été recueillis et comptés de manière hebdomadaire durant toute la
période d'essai au moyen d'un couvre-fond recouvrant la totalité du fond de la ruche et
protégé par un grillage. Afin de connaître le nombre d'acariens ayant survécu à cette
mesure de lutte, un traitement de contrôle soit au Perizin, soit à l'acide oxalique par
pulvérisation [1] a été réalisé deux semaines après le traitement par dégouttement.
Le nombre de Varroa tombés sur les fonds suite aux traitements à l'acide oxalique et de
contrôle est considéré être 100%. Mortalité d'abeilles au trou de vol.
Sur deux ruchers, la mortalité d'abeilles au trou de vol a été régulièrement
enregistrée de mi-octobre 98 à fin mars 99 au moyen de trappes à abeilles mortes de
type "underbasket" [2]. Par rucher, 4 ruches par variante sont équipées de
telles trappes.
Hivernage et développement printanier des colonies
Dans le but d'enregistrer un éventuel affaiblissement des colonies suites au traitement
à l'acide oxalique, la force des colonies de deux ruchers a été estimée au moyen de la
méthode de Liebefeld [3]. Nous avons effectué une mesure en automne et quatre au
printemps.
Efficacité contre Varroa
Les résultats sont présentés dans le tableau ci-dessous :

En voici quelques éléments importants:
| La solution italienne à 4,2% (ancienne formulation: part d'AO dihyd./ eau / sucre de 1/10/10) qui était jusqu'à aujourd'hui la solution de référence et celle vendue par les marchands apicoles, démontre une haute efficacité contre Varroa (97,5%) avec peu de variations entre colonies ou entre ruchers. Aucune des 47 colonies traitées avec cette solution ne présentait plus de 50 Varroa ayant survécu au traitement à l'acide oxalique. Cette population de 50 Varroa représente un ordre de grandeur qu'il ne faudrait pas dépasser à la sortie de l'hiver afin que le nombre de Varroa n'atteigne pas un niveau critique jusqu'à début août. | |
| L'efficacité moyenne de la solution d'acide oxalique à 3,2% est de 98,6% et n'est pas significativement différente de celle de la solution à 4,2%. Le nombre maximal de Varroa résiduels était de 16. Cette variante n'a été testée que sur 2 ruchers. | |
| Avec une solution à 2,1% (30 g d'acide oxalique dihydrate par litre de sirop 1:1), l'efficacité moyenne se situe à 86,7%. Cinq colonies sur 37 traitées présentaient plus de 50 Varroa résiduels. | |
| La présence de sucre dans la solution améliore l'efficacité et diminue les variations entre colonies. | |
| Sur le rucher de Salez, le dosage réduit (35 ml de solution par colonie) pourrait être la raison de la basse efficacité atteinte. |
Tolérance par les abeilles
Mortalité d'abeilles au trou de vol
Nous n'avons pas remarqué d'augmentation de la mortalité d'abeilles au trou de vol en
relation avec le traitement par dégouttement à l'acide oxalique.
Hivernage
De manière générale et indépendamment des traitements effectués, nous avons observé
une diminution importante d'abeilles durant l'hiver. Même les colonies du groupe de
contrôle traitées à l'eau sucrée se sont affaiblies de 38% à Boden et 32% à Wohlei
durant l'hiver.
Fig. 1. Hivernage des
colonies traitées à l'acide oxalique par dégouttement, moyenne, Boden 1998/99

Fig. 2. Hivernage des
colonies traitées à l'acide oxalique par dégouttement, moyenne, Wohlei 1998/99

Les pertes d'abeilles les plus fortes sont apparues dans la variante 4,2% AO avec
respectivement 61 et 52% selon le rucher, ce qui n'est pas acceptable en pratique. La
mauvaise tolérance par les abeilles de cette solution a aussi été observée ailleurs en
Europe centrale et du Nord. Dans nos conditions, la concentration italienne est trop
élevée et n'est pas conseillée. La solution à 3,2% d'AO est mieux tolérée par les
abeilles que la solution italienne. Cette observation est confirmée par les résultats
obtenus par Büchler en Allemagne (comm. pers.). Les colonies traitées avec la solution
à 2,1% d'AO hivernent aussi bien que les colonies de contrôle. L'influence de la
présence de sucre dans la solution sur la tolérance par les abeilles n'a pas été
étudiée.
Il est intéressant de remarquer que les disparitions d'abeilles, parfois importantes, ne
sont que partiellement recensées par les trappes à abeilles mortes placées aux trous de
vol. Il est probable que les abeilles quittent la colonie pour mourir loin de la ruche.
Développement printanier
Après la première mesure de population, les colonies comptant moins de 3000 abeilles ont
été dissoutes. Sur les deux ruchers, le groupe 2,1 % AO démontre le meilleur
développe-ment printanier, meilleur également que le groupe de contrôle.
Fig. 3. Développement des
colonies traitées à l'acide oxalique par dégouttement, moyenne, Boden 1998/99

Fig. 4. Développement des
colonies traitées à l'acide oxalique par dégouttement, moyenne, Wohlei 1998/99

Au mois de mai, la différence entre ces deux groupes est d'environ 3000 abeilles. Le 22 avril, les colonies des groupes 3,2 et 4,2% AO n'avaient pas comblé entièrement leur retard par rapport aux colonies de contrôle. La question se pose si l'affaiblissement des colonies durant l'hiver et le mauvais développement des populations décrit ici, groupe de contrôle compris, ne sont pas induits par le double traitement de contrôle au Perizin.
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Ces résultats sont présentés de manière plus exhaustives dans la brochure "Varroa
treatment by oxalic acid trickling, Field trials 1998/99" que vous pouvez demandez à
Liebefeld. Remerciement: Nous tenons ici à remercier les six apicultrices et apiculteurs
qui ont participés à cet essai pour leur précieuse collaboration.
Littérature
[1] Imdorf A., Charrière J. D., Bachofen B., Utilisation de l'acide oxalique pour le contrôle de l'efficacité des méthodes de lutte contre Varroa jacobsoni, Apiacta 32 (3) (1997) 89-91.
[2] Accorti M., Luti F., Tarducci F., Methods for collecting data on natural mortality in bee, Ethol. Ecol. & Evol. 1 (1991) 123-126.
[3] Imdorf A., Bühlmann G., Gerig L., Kilchenmann V., Wille H., Überprüfung der Schätzmethode zur Ermittlung der Brutfläche und der Anzahl Arbeiterinnen in freifliegenden Bienenvölkern, Apidologie 18 (2) (1987) 137-146.
[4] Charrière J. D., Imdorf A., Fluri P, Potentiel et limites de l'acide oxalique pour lutter contre Varroa, Rev. suisse d'apic., 95 (8) (1998) 311-316.
| Jean-Daniel Charrière Tel: +41 31 323 82 02 Email: Jean-Daniel.Charriere@fam.admin.ch |
Imdorf Anton Tel: +41 31 323 82 12 Email: Anton.Imdorf@fam.admin.ch |
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