L'apiculture
au Viêt-Nam en 1995
(partie n°1)
Article de Gilles RATIA paru
dans la revue Abeilles & Fleurs N°458 du 05/97

Abeilles très douces (Province de Dong Nai)
Objectif : Etude de faisabilité
Consultant :: APISERVICES
- France
Intervenant :: Gilles RATIA,
Consultant International - France -
E-mail =>
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Support technique local: VINAPI - Viêt-Nam
L'apiculture vietnamienne offre des potentialités non négligeables en terme de production globale de miel et produits dérivés, en terme d'augmentation des productions agricoles par l'action de pollinisation de la part des abeilles ainsi que de stabilisation des populations rurales notamment en ce qui concerne les minorités ethniques des régions montagneuses. La récente ouverture économique du Viêt-Nam sur les marchés extérieurs induit une double politique d'accroissement des quantités et des qualités des miels produits sur le territoire. Cela devrait se produire, à moyen terme, par une injection de capitaux extérieurs, de technologies appropriées, de savoir-faire ainsi que par la mise en place de circuits courts, tant pour le marché interne que pour lexport dans la sphère asiatique. Après tant d'années de guerre et de régime communiste "dur", de réelles volontés gouvernementales et privées visent un nouveau redéploiement apicole réalisable au moyen de structures cohérentes de formation, de collecte, de contrôle, de conditionnement et de vente des produits apicoles. La gestion complète d'une filière s'avère toujours difficile et longue mais, dans le cadre vietnamien cela pourrait déboucher sur des activités viables et rentables sans pour autant perturber le marché mondial du miel.

Remarque préalable importante : obtenir des données apicoles fiables sur un pays reste une gageure, notamment au Viêt-Nam, pourtant hautement bureaucratisé. Les chiffres sources des tableaux et des graphiques exposés dans cette série d'articles proviennent des instances officielles (en général de l'Office Général des Statistiques de la République Socialiste du Viêt-Nam et de Vinapi). Dans certains cas il a été fait usage de la méthode des moyennes pondérées sur chiffres croisés écrêtés de toutes valeurs erratiques pour tenter de se rapprocher de l'existant tangible chiffrable. D'autre part, bien qu'il puisse représenter une part non négligeable des chiffres nationaux réels, le secteur informel (production et consommation strictement familiales) n'est point quantifiable à l'heure actuelle, et ceci encore pour longtemps. De ce fait, il a été arbitrairement ignoré dans les graphiques qui suivent. Autre remarque : tous les prix indiqués sont en dollars US.
Le Viêt-Nam pourrait se situer parmi les principaux exportateurs de
miels du monde principalement grâce à un niveau de connaissance élevé actuel de
lapiculteur vietnamien, aux coûts de production extrêmement modérés, aux miels
exotiques appréciés et à une flore mellifère généreuse encore sous exploitée à
lheure actuelle. Il "pourrait" ... mais, en fait, il en est encore très,
très loin : moins de 3 000 tonnes produites pour une population de 74 millions
d'habitants ! En terme de développement rural, l'apiculture est pourtant une spéculation
agricole animale qui possède tous les ingrédients pour réussir et les autorités
vietnamiennes y sont très sensibles au tournant actuel de leur histoire :
Géographiques :
| Le Viêt-Nam forme sur la carte un grand "S" majuscule, long de 1 900 km entre les 9° et 23° degrés de latitude nord et large en moyenne de 200 km (avec un minimum de 50 km en son centre) entre les 102° et 109° degrés de longitude est. D'une superficie de 329 560 km², le pays est entouré au nord par la Chine et à louest par le Laos et le Cambodge. Il est constitué de plaines alluviales du delta du Mékong au sud, de montagnes de moyennes altitudes au centre, d'autres plaines alluviales du delta du Fleuve Rouge au nord et de montagnes au nord et nord-ouest avec un point culminant à 3 143 mètres. | ![]() |

Economiques et sociales :
Grâce à sa politique d'ouverture ("Doi Moi" en 1987) et malgré une certaine inertie, ou parfois absence de législation, le Viêt-Nam a créé, en une période relativement courte, un nouveau contexte économique propice aux investissements étrangers et indirectement à l'augmentation du pouvoir d'achat des zones urbaines. Les traits principaux en sont (chiffres de 1995) :
- 400 % des investissements étrangers
- 50 % de la consommation intérieure
- 100 % des exportations totales
- 370 % des exportations agricoles
- 330 % du revenu familial en milieu rural
Le secteur agricole du Viêt-Nam occupe 70 % de la population active du pays et 45 % des revenus de son commerce international
Le Viêt-Nam possède une population qui atteint maintenant les 74 millions d'habitants (100 millions en 2010) dont plus de 29 millions de moins de quinze d'âge (soit 40 %). Cela se traduit par une densité de 224 habitants au km2. De ce fait, l'occupation des sols y atteint un fort degré d'intensité. Ceci est dautant plus vrai que les vietnamiens sont surtout concentrés dans les régions de deux deltas : 1 104 habitants au km2 pour le Delta du Fleuve Rouge et 367 habitants au km2 pour celui du Mékong. Les villes de Hanoi (3,5 millions d'habitants) et de Hô Chi Minh-Ville (ex Saigon, 7,8 millions d'habitants) rassemblent à elles seules la majorité de la population citadine (source : F.M.I. 1992). Lexode rural, de source officielle, semblerait sêtre stabilisé.
Climatiques :

Graphique n°1
Exemple de climatologie dans le nord du Viêt-Nam
De par sa position, le Viêt-Nam est sous le régime des moussons.. Son étalement sur 14 degrés de latitudes et l'alternance "grandes plaines alluviales / montagnes" impliquent une grande diversité de microclimats.
Botaniques :

Graphique n°2
Répartition des surfaces au Viêt-Nam en 1995
Source : Nguyen Trong Dieu
Les activités humaines changent profondément le paysage rural au fil des années en fonction des plans de cultures, étatiques par le passé, opportunistes à présent. La culture du riz domine, le Viêt-Nam est le troisième exportateur mondial de riz.
Parmi toutes les cultures, le tableau ci-après résume les périodes de floraison des essences les plus mellifères :
Nom vernaculaire français |
Nom vernaculaire vietnamien |
Nom latin |
Régions principales |
Apport en pollen |
Epoques |
Hévéa |
Cao su |
Hevea brasillensis |
S + C |
+ |
janvier à avril |
Caféier |
Ca phe |
Coffea robusta, arabica |
N + C + S |
++ |
novembre à février |
Longane |
Nhan |
Euphora longana |
N + C + S |
++ |
mars à juin |
Eucalyptus |
Bach dan lieu Bach dan trang Bach dan do Bach dan chanh |
E.exserta E. camadulensis E. robusta E. citriodora |
N + C + S |
+++ |
mai à juin |
Jujubier |
Tao |
Ziziphus jujuba |
N + S |
+++ |
février août |
Tableau n°1 - Principales miellées au Viêt-Nam (par ordre d'importance)
Nom vernaculaire français |
Nom vernaculaire vietnamien |
Nom latin |
Régions principales |
Apport en pollen |
Epoques |
Litchi |
Vai |
Nephellum lichi |
N |
+ |
février à avril |
Ramboutan |
Chom chom |
Nephellum lappaceum |
S |
+ |
mars à mai |
Melaleuca |
Tram |
Melaleuca leucadenedron |
N + S |
+ |
août septembre |
Cocotier |
Dua |
Cocos nucifera |
S |
° |
toute l'année |
Thé |
Che |
Thea sinensis |
N + C + S |
+++ |
Sept. - Déc. |
? |
Bidens |
Bidens spinola |
N + C |
++ |
toute l'année |
Tableau n°2 - Miellées secondaires au Viêt-Nam (sans ordre d'importance)
Légendes :
Apports en pollen : +++ = grand, ++ = moyen, + =
insignifiant
Régions : N = nord, C = Centre, S = sud,
D'autre part, il ne faut pas oublier, bien sûr, un ensemble considérable de végétaux sauvages ou cultivés qui donnent des "Mille Fleurs" différents d'une province à une autre, d'une année sur l'autre. Les superficies de vergers représentent 285 000 ha (dont 204 000 ha pour le seul sud) : litchi, longane, ramboutan, durian, pomme étoilée, pomme cannelle, mangue, mangoustan, jaque, mandarine, orange, sapotille (+ 200 000 ha de cocotiers). Le gouvernement en prévoit leur doublement d'ici l'an 2 000. Le manteau végétal est aussi conditionné par les exigences des productions d'hévéas (caoutchouc); les superficies nont pas encore fini de se stabiliser. Quant à la végétation naturelle (forêt primitive), elle ne représente plus que 28 % du territoire. La superficie totale des forêts est de 20 051 000 ha dont 11 420 000 ha en montagne et 8 630 000 ha de forêt primitive. Toutes ces évolutions se traduisent par un changement progressif des variétés des miels offerts au commerce. Les dégâts causés par les typhons perturbent aussi le calendrier des miellées.
