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MINISTERE DE L'AGRICULTURE Note de la
Direction générale de l’alimentation |
Paris 31 octobre 2003
Monsieur le Professeur,
Le Comité Scientifique et Technique (CST) de l’étude multifactorielle des
troubles des abeilles a présenté le 18 septembre un rapport sur les effets des
semences enrobées de Gaucho sur les troubles d’abeilles.
Le rapport présenté le 18 septembre dernier a depuis lors fait l’objet d’un
examen approfondi de mes services et je tiens à vous faire part de quelques
commentaires sur la forme et le fond de ce document.
S’agissant de la forme, le rapport est intitulé « Imidaclopride utilisé en
enrobage de semences (Gaucho) et troubles des abeilles-Rapport final ». Le terme
« rapport final » doit-il être interprété comme la fin des travaux du CST ou
bien encore comme la conclusion définitive des travaux de ce même CST sur les
liens éventuels entre le procédé de traitement en question et les troubles
rapportés des abeilles sur le territoire ? Je voudrais vous indiquer sur ce
point qu’il me semble que ce rapport ne peut être considéré comme la conclusion
définitive des travaux du CST et qu’en outre le CST sera de toute évidence amené
à rediscuter de ce procédé lorsqu’il se saisira des données relatives à la
surveillance des troubles des abeilles afin de notamment « proposer une
évaluation scientifique des troubles rapportés » (cf mandat confié au groupe par
le Ministre). Ce rapport constitue de mon point de vue non pas un rapport
définitif mais bien un rapport d’étape centré sur la seule évaluation des
données scientifiques disponibles sur le Gaucho pour ses usages traitement des
semences de tournesol et de maïs.
Pour ce qui concerne le fond, ce rapport fournit une présentation claire et
argumentée de la méthodologie d’évaluation des risques adossée à un examen
rigoureux, au cas par cas, de toutes les études disponibles (y compris les plus
récentes).
Une lecture approfondie du rapport met en évidence un certain nombre de points
qui méritent cependant une clarification utile pour en dégager des conclusions
opérationnelles adaptées :
• Page 85, 2éme paragraphe :
« Théoriquement, le calcul de la PNEC est basé sur la plus basse des
valeurs obtenues. Un rapport de 1000 est observé entre la DL 50 de Suchail et la
NOEC de l’étude de Decourtye. Cependant les protocoles d’études de ces deux
auteurs sont très différents (cf annexe XX), notamment en ce qui concerne le
prélèvement des abeilles et leurs âges. Compte tenu de ces différences de
protocoles, les deux études ne sont pas comparables et nous obligent à prendre
en compte ces deux résultats. »
Seule l’étude M47 est prise en compte par la suite. Ceci a pour conséquence de
fonder l’analyse développée sur des abeilles de plus de 20 jours (plutôt
représentatives des butineuses) alors que l’étude M33 portait sur des abeilles
âgées de 3 à 13 jours (âge moyen des nourrices inférieur ou égal à 20 jours. Ce
n’est en outre pas sans influence sur le rapport PEC/PNEC et donc sur les
appréciations relatives au scénario 2.
• Page 93, 3éme paragraphe :
« Si la zone de butinage est constituée de champs traités GAUCHO, en raison de sa fidélité florale, l’abeille s’intoxiquera avec 100% de nectar contaminé pour son vol retour. » Le terme « intoxication » est utilisé à de nombreuses reprises dans le rapport. Il aurait mieux valu retenir le terme d’exposition. A la page 88, il est indiqué sous la rubrique 6-1 le calcul des concentrations prédites d’exposition (PEC) : « Plusieurs modes d’intoxication des abeilles sont envisageables,… ». La PEC permet de mesurer l’exposition au produit et non sa toxicité. On le voit le choix du terme d’intoxication peut conduire à des contre sens.
• Page 102, 2éme paragraphe :
« Quels que soient les scénarios, l’évaluation des risques présentés par
l’imidaclopride en enrobage de semences conduit, d’une manière générale, à un
rapport PEC/PNEC supérieur ou égal à 1 ».
Cette affirmation est en contradiction avec les données reprises à la page
suivante (Tableau LV page 103) ou il apparaît que le rapport PEC/PNEC est
inférieur à 1 dans deux scénarios sur 5 pour le tournesol et 2 sur trois pour le
maïs. « les rapports obtenus dans le cas du tournesol et du maïs enrobé GAUCHO
sont similaires et sont reportés dans le tableau LV ». Cette notion de
similarité signifie t-elle une équivalence de risque entre les deux cultures et
ce alors même que les scénarios d’exposition sont différents ?
• Page 102, 3éme paragraphe :
« …les rapports PEC/PNEC sont préoccupants. Ils sont en accord avec les
observations de terrain rapportées par de nombreux apiculteurs en zones de
grandes cultures (maïs, tournesol), concernant la mortalité des butineuses
(scénario 4), leur disparition , leurs troubles comportementaux et certaines
mortalités d’hiver (scénario 5). »
De quelles données le CST a t-il pu disposer pour affirmer qu’ « ils sont en
accord avec les observations de terrain rapportées par de nombreux apiculteurs »
? Le rapport ne présente aucun document se référant à de telles données. Ce
point mériterait d’être éclairci et ce d’autant plus que le GAUCHO n’est plus
utilisé sur le tournesol depuis 2000.
De même conviendrait-il d’expliquer comment il pourrait y avoir accord entre les
observations de terrain rapportées par les apiculteurs en zone de grandes
cultures (maïs et tournesol) et les scénarios d’exposition au risque (scénario
4-mortalité des butineuses et scénario 5-mortalités d’hiver) alors même que les
scénarios 4 et 5 sont considérés dans ce même rapport comme étant sans objet
pour le maïs (cf tableau LV p 103) au motif d’ailleurs pertinent que le maïs
n’est pas une plante nectarifère.
Ce rapport d’étape doit désormais être complété, j’ai pris bonne note des
recommandations formulées dans la 3éme partie du rapport « pour l’acquisition
des données ayant fait défaut au cours de l’évaluation des risques ». Je compte
sur ce point étudier les modalités d’acquisition de telles données et vous tenir
informé des suites qui seront données à ces recommandations.
Enfin, je vous confirme l’intérêt que j’attache à la poursuite de vos travaux
dans le cadre du mandat qui vous a été confié et l’importance que le MAPAAR
accorde à l’amplification des observations de terrain pour lever les
incertitudes liées aux hypothèses et la définition des scénarios d’exposition au
risque retenus dans le rapport du CST.
Le MAAPAR s’est précisément engagé à mettre en place quatre zones d’observation
régionales des ruchers (ZOR) dès l’automne afin de pouvoir être opérationnelles
pendant la période de culture 2003-2004. Ces zones seront installées, pour une
durée de 2 ans au moins, dans des régions de grandes cultures : Vendée pour les
Pays de Loire, Charente pour le Poitou-Charentes, Yonne pour la Bourgogne et
Haute-Garonne pour le Midi-Pyrénées.
Espérant que ces quelques éléments pourront être utiles à votre réflexion, je
vous prie de croire en l’expression de ma parfaite considération.
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