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Mort des abeilles : Inertie de la Commission Europe des Nations - Lettre des députés français MPF au Parlement Européen : GEORGES BERTHU - THIERRY DE LA PERRIÈRE - DOMINIQUE SOUCHET - ALEXANDRE VARAUT |
19 Octobre 2003
Lors de la dernière session de septembre du Parlement européen, Dominique
Souchet, par une question orale sur le lancinant problème de la mortalité
massive des abeilles, et Georges Berthu, par son intervention dans le débat, ont
tiré une fois de plus la sonnette d’alarme. Voilà plusieurs années, depuis 1995
exactement, que l’on a constaté en France des problèmes totalement anormaux de
dépérissement des colonies d’abeille. La situation s’aggrave d’année en année,
l’étendue des zones touchées comme le nombre de ruches augmentent sans cesse, et
maintenant, on peut dire que de nombreux pays d’Europe sont affectés.
Il apparaît à l’examen que cette mortalité des abeilles ne relève pas d’une
pathologie classique. Plusieurs autres hypothèses ont été étudiées comme le
climat, la pollution générale ou l’utilisation erronée de produits
phytosanitaires. Mais si elles peuvent parfois encourir une part de
responsabilité, elles ne peuvent en aucun cas expliquer le mal dans toute son
ampleur.
En fait, selon les experts et les professionnels, une cause principale est bien
identifiée : l’environnement des ruchers, lorsqu’il comprend des champs de
cultures mellifères, colza, tournesol, maïs, dont les semences ont été traitées
à l’aide d’insecticides du type Gaucho ou Régent. Bien entendu, les fabricants
industriels répondent que le lien n’est pas établi formellement, mais
l’expérience montre la concomitance complète entre les troubles des abeilles –
perte du sens de l’orientation, tremblements, incapacité à butiner et finalement
la mort – et la présence à proximité de cultures issues de semences traitées au
Gaucho ou au Régent. Plus les observations se multiplient, plus ces conclusions
se confirment. Pourtant, rien de décisif n’est encore venu des pouvoirs publics,
et de la Commission en particulier, sinon des paroles d’apaisement, le lancement
d’études et quelques mesures ponctuelles comme, en France, la suspension
provisoire d’autorisation du Gaucho pour le traitement des semences de
tournesol.
C’est pourquoi la commission de l’agriculture du Parlement européen, à
l’initiative de Dominique Souchet, a organisé une audition à ce sujet le 28
avril dernier. Les enseignements que nous en avons tirés sont alarmants, car le
problème des abeilles pourrait bien n’être que la partie la plus visible d’un
problème plus vaste affectant les insectes pollinisateurs, l’entomofaune et la
faune du sol. Les molécules du Gaucho et du Régent pourraient donc être
néfastes, non seulement pour les abeilles mais pour un environnement beaucoup
plus large.
Et ne nous arrêtons pas là ! Les molécules étant présentes dans les produits
agricoles utilisés en alimentation humaine ou animale, il y a lieu de
s’inquiéter aussi pour notre propre santé. C’est pourquoi, devant ce risque
d’empoisonnement diffus de l’écosystème – et peut-être des hommes – nous
exigeons l’application du principe de précaution. Or les réponses de la
Commission à la question orale de Dominique Souchet ont été une fois de plus
beaucoup trop attentistes. Le principe de précaution implique, à notre avis,
d’interdire l’utilisation des produits en cause, au moins sur toutes les
cultures mellifères. Il faudra aussi prendre des mesures pour que les
apiculteurs soient dédommagés et puissent reconstituer leurs ruches.
Europe des Nations
Lettre des députés MPF au Parlement Européen
Directeur de la publication : G. Berthu
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