FRANCE
Villiers en guerre contre Gaucho et Régent

Un crime contre les abeilles et contre les hommes

13/02/2004

Philippe de Villiers publie un livre-choc contre les insecticides Régent et Gaucho, tueurs, selon lui, de l'abeille. Avec une crainte : que la molécule ne s'attaque à l'homme. Pour le président du conseil général de Vendée, partie civile dans le dossier, « nous sommes à la veille d'un scandale sanitaire national ».

Vous écrivez un livre sur la surmortalité des abeilles ? Quelle mouche a donc piqué l'homme politique que vous êtes ?

C'est une promesse faite aux apiculteurs victimes des multinationales agrochimiques. En 2004, cent milliards d'abeilles vont mourir ; 17 500 exploitations apicoles ont disparu entre 1998 et 2004.

« En 2004, cent milliards d'abeilles vont mourir »,
 dit Philippe de Villiers. En cause, selon lui, le
Régent et le Gaucho.Thierry Suire/Sud-Ouest

Peut-on mesurer les conséquences économiques de cette surmortalité ?

Elles sont considérables, voire incalculables, puisque la disparition des abeilles met en cause toute la pollinisation des fleurs comme des plantes.

Vous dites que nous sommes à la veille d'un scandale d'État.

Je ne fais que reprendre les conclusions des expertises récentes réalisées par des chercheurs du monde entier. Le principe du Gaucho et du Régent est de faire ingurgiter à la plante une molécule neurotoxique qui monte dans la tige par la sève, en s'arrêtant à temps Le problème est qu'elle ne s'arrête pas. Elle monte dans les fleurs. Elle reste dans le sol. Des expériences menées aux États-Unis sur le rat aboutissent à une conclusion effarante. Ces insecticides sont aussi mammiféricides.

Ils pourraient s'attaquer à l'homme ?

Oui. Il y a un risque par inhalation, au moment des semis. Et un risque par ingestion, par exemple en buvant du lait venant d'un animal élevé dans un champ traité avec ces insecticides.

La firme BASF assure que son Régent n'est pas aussi nocif que vous le dites...

On peut nier les faits. Mais toutes les expertises scientifiques menées en Europe et aux États-Unis sont effrayantes. Les études du professeur Narbonne, écotoxicologue, démontrent que, chez l'homme, le vecteur de la molécule neurotoxique est la graisse. Ce qui est plus grave, c'est que la graisse est aussi un lieu de stockage. Nous sommes dans le cas de figure de l'amiante, du sang contaminé et de la vache folle.

Et vos propres études, mandatées par le conseil général, qu'ont-elles donné ?

Le laboratoire a utilisé deux tunnels. L'un dans lequel le tournesol était traité au Régent, l'autre sans traitement. Dans le premier, les abeilles tombaient au sol et mouraient. Dans l'autre, elles prospéraient.

Le ministre de l'Agriculture envisage une restriction de l'usage du Fipronil, la substance active du Régent. Cela va dans le bon sens...

C'est un début, mais il y a 200 usages de ces molécules dans les domaines agricoles, ménagers et domestiques : antitiques ; antipuces. Jusque dans le terreau des jardins. Le problème, en réalité, est double : il faut mettre fin à la connivence entre le ministère et les firmes agrochimiques qui cogèrent les études de toxicité et les homologations. Il faut aussi appliquer intégralement le principe de précaution.

On vous voit en pointe sur l'Erika, le Prestige et maintenant le Régent. Chercheriez-vous un créneau à droite pour l'écologie ?

Je ne me pose pas ce genre de question. Mais, je le dis dans mon livre, la marée noire nous a donné le sens du combat contre les mastodontes délinquants des grands espaces.
 

Recueilli par Alain LEGOUPIL