Deux réactions à
l'article paru dans le Figaro le 05 octobre 2002
Malaise dans les ruches
françaises + Un
essaim de dossiers occultés
sous la plume d'Yves Miserey
L’UNAF
demande au « Figaro » un droit de réponse, par un premier fax resté sans
réponse, puis par courrier
LE FIGARO
A l’att. de M. le Directeur de la Publication
Droit de réponse - loi de 1881
De la part de : L’UNION NATIONALE DE L’APICULTURE FRANÇAISE
L’UNION NATIONALE DE L’APICULTURE FRANÇAISE s’associe en tout point à la
protestation et à la demande de droit de réponse que vous a adressé le Dr
BECKER, secrétaire du SYNDICAT NATIONAL D’APICULTURE, suite à l’article de M.
Yves MISEREY publié dans vos colonnes en date du 5 octobre 2002 sous le titre «
Malaise dans les ruches françaises ». Réponse rédigée en ces termes :
L’article du 05/10/02 page 12 intitulé « Malaise dans les ruches françaises »
d’Yves MISEREY, a suscité émoi, consternation et colère chez l’ensemble des
apiculteurs réunis à l’occasion du 14e Congrès National de l’Apiculture à
Bourges. Emoi car il s’agit d’un mauvais coup porté à l’ensemble d’une
profession, consternation par la présentation caricaturale, dans l’article, du
monde apicole qui a heureusement d’autres mœurs, et colère car la présentation
concernant le problème du GAUCHO BAYER leur a paru particulièrement
tendancieuse. Cette « focalisation n’est pas jusqu’au-boutiste » mais une
question de survie de l’apiculture. Il est vrai que l’usage des insecticides
systémiques est un fait écologique majeur touchant la population avec les
apiculteurs. Malgré ce grave souci, nous ne passons pas non plus « à côté des
pratiques apicoles et de tous les problèmes que rencontrent les apiculteurs et
leurs insectes ». C’est une affirmation gratuite et de mauvaise foi alors que
tous les apiculteurs reconnaissent que les responsables syndicaux passent
essentiellement, comme c’est d’ailleurs leur devoir, leur temps à tenter de
régler au mieux tous les problèmes et ils sont nombreux...
La date de parution de cet article le jour de l’inauguration officielle dudit
Congrès n’est certainement pas un choix innocent. Le mélange de contrevérités,
de sous-entendus et d’assertions infondées fait de cet article un exercice de
désinformation de la meilleure école, ce qui surprend d’un journaliste pourtant
présent à la dernière session de l’AFSSA consacrée aux toxiques.
Pour avoir une information complète et objective des préoccupations de la
profession, votre collaborateur aurait dû assister aux différentes
communications présentées durant ces trois jours à Bourges dont celles, très
explicites et concordantes, sur la toxicité du GAUCHO. Cela lui éviterait de
dire n’importe quoi concernant ce problème, telle l’affirmation qu’ « aucune
étude scientifique n’a permis de démontrer cette corrélation même si des
expériences de laboratoire ont montré que le Gaucho perturbe le comportement de
l’abeille » (sic).
Doux euphémisme pour une mortalité massive confirmée tant sur les cultures
tournesol que maïs ou sur les arbres fruitiers (CONFIDOR). Les résultats
vérifiés, présentés par des spécialistes du CNRS, de l’INRA, etc., travaillant
sur les insecticides systémiques types GAUCHO, THALASSA, etc., tous étant de
l’imidaclopride, vous édifieraient comme l’ont été les milliers d’apiculteurs
présents, toutes tendances syndicales confondues (SNA, UNAF, etc.), ce qui, en
passant, va à l’encontre de vos affirmations.
L’innocuité pour les abeilles des insecticides systémiques para nicotiniques
type GAUCHO BAYER est une absurdité que seul défend encore le producteur de cet
insecticide. Chacun comprend quelles raisons économiques et financières, se
chiffrant en millions d’euros, poussent cette société à ainsi réagir, sans
reculer devant les moyens de pression les plus extrêmes, y compris l’assignation
personnelle au TGI domiciliaire des responsables syndicaux pour « diffamation »
du produit ! Votre collaborateur, qui a pourtant assisté à la dernière réunion
de l’AFSSA, a sans doute dû se laisser surprendre par son trouble dans la
rédaction de l’article incriminé.
Informer de façon objective est un devoir essentiel de tout journaliste d’un
journal sérieux comme l’est LE FIGARO. Nous voulons y contribuer.
Un fait objectif démontré est que l’insecticide systémique BAYER GAUCHO est
présent dans le nectar et les pollens des plantes issues de graines traitées, à
des doses mortelles pour les abeilles. Un autre fait incontesté est que les
doses toxiques pour les abeilles sont extraordinairement faibles (1 à 2 ppb), de
plus les nectars contiennent de 8 à 20 ppb, voire beaucoup plus, de GAUCHO, sans
compter les différents métabolites. Pire encore, il est scientifiquement établi
que les dérivés métaboliques du GAUCHO apparus dans la plante sont toxiques,
plus longtemps que la molécule de départ, tant par voie orale que par contact,
voire davantage pour certains (Oléfine) que la molécule mère... Plus grave
encore, ils sont toxiques sur tous les hyménoptères et la faune entomophile,
ceci de façon immédiate et retardée. Ce sont là aussi des faits constants et
reproductibles, c’est-à-dire scientifiquement démontrés.
Les troubles comportementaux observés sur les abeilles tant par les chercheurs
que par les apiculteurs, qui savent en passant distinguer aussi bien les
abeilles que les cochons quand ils les rencontrent, sont sans contestation
possible identiques en plein champ qu’en laboratoire. La symptomatologie
observée sur l’abeille est celle d’une intoxication par neurotoxiques. Cette
intoxication, caractéristique dans sa phase aiguë, entraîne une mortalité
massive des abeilles à 7 jours. Pour couronner si l’on peut dire l’ensemble
GAUCHO, il convient de souligner surtout que lui et ses métabolites toxiques
sont de plus rémanents, c’est-à-dire persistants, dans le sol, pour certains
d’entre eux jusqu’à deux ans au moins... Les travaux des experts expliquent
aussi les mécanismes de récupération dans le temps, dans le sol contaminé
GAUCHO, des produits toxiques pour l’abeille par les plantes issues de graines
non traitées.
Pour compléter le tableau, des doses infra cliniques aussi faibles que 0,1 à
0,001 ppb, dans le nectar, de GAUCHO BAYER et de ses dérivés, entraînent, en cas
de prises répétées, des effets dits sub-létaux amenant l’abeille et la ruche à
dépérir en moins d’une semaine. Ceci est reproductible, les mêmes causes
produisent les mêmes effets... CQFD.
Un autre produit, très toxique pour les abeilles et les insectes proches, le
FIPRONIL (REGENT) a fait l’objet de communications. Issu d’une autre classe
d’insecticide systémique neurotoxique, le REGENT, avec ses trois principaux
métabolites toxiques agissant sur les récepteurs GABA, devra être également
interdit.
Les experts présents à Bourges, dont ceux cités dans l’article, ont d’ailleurs
été consternés, c’est le moins que l’on puisse dire, par la teneur de l’article
paru.
Une enquête impartiale bien conduite, tout montre ici que cette « enquête » est,
sur ce point, aussi sujette à caution que certaines autres affirmations
infondées, permettrait au moins de s’abstenir de répéter, à plusieurs reprises
et contre toute logique, qu’il n’existe pas de preuves scientifiques de
l’implication du GAUCHO BAYER dans les mortalités massives de butineuses
constatées dans les champs de tournesol et de maïs traités !
Sur le fond, cette « enquête » singulière concernant le GAUCHO auprès de revues
(lesquelles ?) des USA et en Europe n’a été adressée à aucun des journaux
spécialisés paraissant en France, ce qui est pour le moins inamical et choquant
car nous sommes concernés et de plus en Europe. Serions-nous incompétents ou
dérangeants ?
Que faut-il écrire de plus ? L’évidence crève les yeux de tout honnête homme.
Quid alors de l’amalgame GAUCHO et de « l’encollage des abeilles sur le
tournesol » en Grèce, et pas en France, décrit par un respectable chercheur grec
? Sans rire ? Pour qui prenez-vous les apiculteurs et les lecteurs ?
Coïncidence ? Le Conseil d’Etat doit statuer ce mercredi sur le bien-fondé du
recours d’une décision ministérielle de non-interdiction globale du GAUCHO,
prise par le ministre de l’Agriculture sortant en 2001. Le Commissaire du
Gouvernement, au vu des dossiers présentés par les demandeurs, en particulier
concernant la toxicologie du GAUCHO BAYER, sa rémanence, ensemble non conforme
aux normes européennes et aux caractéristiques du produit de l’AMM déposé en
1994 par BAYER, a, dans ses réquisitions, recommandé au Conseil d’Etat de
statuer en faveur du demandeur l’UNAF. Le SNA et le SPMF participent avec l’UNAF
au sein de la Coordination des Apiculteurs et suivent attentivement ce dossier.
Ensemble, avec confiance, ils attendent, sans faire pression, la décision du
Conseil d’Etat.
S’il existe effectivement des divergences entre 400 apiculteurs du SPMF (pas
tous, loin s’en faut) contestant la représentativité de 54 000 apiculteurs du
SNA et de l’UNAF, parler de guerre est du sensationnalisme journalistique. Dire
que ces deux syndicats sont menacés de disparaître est irresponsable,
préjudiciable, infondé. Cette affaire judiciaire est en cours, il est donc
prématuré d’enterrer les structures représentatives des producteurs de toutes
tailles, dont plus de 1 100 professionnels et 3 000 pluriactifs.
Les pratiques douteuses mentionnées dans votre article, comme la présence
d’antibiotiques, sont un problème dont la profession est consciente. Elle est le
fait d’une minorité d’importateurs peu scrupuleux vénaux et parfois, ce qui
n’est pas une excuse, contraints pour survivre économiquement, à des pratiques
condamnées par l’immense majorité des producteurs de toutes tailles.
Grâce à l’aide européenne, à la volonté de passionnés compétents faisant
autorité dans les domaines de la mélissopalynologie, la profession s’est dotée
en laboratoires d’analyses spécialisées, très pointues, effectuant des milliers
de contrôles sur l’ensemble de la production. Les contrôles de qualité, la
traçabilité des produits sont de fait depuis des années des préoccupations
constantes des responsables professionnels et syndicaux. Il convient de ne pas
jeter le discrédit sur toute une profession pour des cas marginaux. Les
producteurs, comme dans l’ensemble du monde agricole, ne contrôlent pas la
grande distribution. Des résidus existent, en particulier dans les miels
importés de pays d’Asie. C’est un fait dont les apiculteurs français ne sont pas
responsables. La profession a, dès sa connaissance, tout mis en œuvre pour
assainir le marché et contribuer, au travers de ses laboratoires (CETAM), à
éclairer la Commission dans sa décision d’arrêt des importations contenant des
résidus antibiotiques et phytosanitaires.
Il faut rappeler enfin à tous les lecteurs inquiets devant ces excès, que la
quasi-totalité des productions française est de très haute qualité, que le bon
miel, il y en a beaucoup et partout chez les producteurs de toutes tailles, est
bénéfique pour le consommateur et sa santé.
Je vous serais obligé de faire figurer, selon le droit, cette réponse dans votre
très estimable quotidien.
Croyez M. le Rédacteur en Chef à l’assurance de ma très haute considération.
Dr BECKER
Secrétaire Général du SNA
L’UNAF demande qu’au titre du droit de réponse, ce texte soit publié dans le plus prochain numéro du FIGARO.
Alexis Ducloz, directeur de la
Coopérative France-Miel, fait part lui aussi de ses observations au directeur de
la rédaction du « Figaro », par un courrier du 10 octobre 2002
M. Alexis DUCLOZ
Directeur de la Coopérative France-Miel
à
M. Jean DE BELOT
Directeur de la rédaction
37, rue du Louvre
75081 PARIS CEDEX 02
Mouchard, le 10 octobre 2002
Monsieur, j’ai lu et relu les lignes de M. Yves Miserey, parues dans Le Figaro
n° 18 089 du samedi 5 et dimanche 6 octobre 2002, avec en page 12, le titre : «
Apiculture guerres intestines, menaces, pratiques douteuses. L’affaire de
l’insecticide Gaucho en masque d’autres. Enquête. » Si dans l’abondance de
l’offre alimentaire, il existe encore un produit sain qui mérite largement des
lettres de noblesse, c’est encore bien le MIEL, et, si dans l’univers des
producteurs ou fabricants de nourriture pour l’homme, il est encore une
profession qui majoritairement a des principes respectueux, c’est peut-être bien
l’apiculture. Dans ce cadre, il est navrant que l’article de M. Miserey,
curieusement publié en plein XIVe Congrès de l’apiculture française à Bourges,
et à la veille d’une décision importante du Conseil d’Etat, ait eu comme
objectif d’en donner l’image inverse.
Toutes les alertes, voire cris d’alarme de cette profession sont déjà, par la
plupart du secteur administratif et par le monde politique, systématiquement
traités et perçus comme M. Miserey l’écrit : des gesticulations « de gentils
écolos post-soixante-huitards », et, « Le Figaro » avec toute son image de
sérieux, a jugé bon de rajouter une couche... Aussi mon propos ne sera pas de
revenir sur les différents points de l’article, cela serait trop long et
inutile, car pour l’essentiel, ils ont le même degré d’objectivité que celui qui
indique en première page que l’article est en page 10, alors qu’on ne peut le
lire qu’en page 12... Bref, qui et comment a été validé le contenu... !?
Mon propos est de vous informer qu’étant apiculteur amateur, et exerçant des
activités importantes dans la filière miel, que le problème des pesticides est
un problème grave et de fond. Vos connaissances, l’accès à ces connaissances,
votre savoir et votre travail seraient bien, d’au moins poser les VRAIES
QUESTIONS, au lieu de rapporter les potins de couloirs, qui même s’ils existent,
ne méritent pas plus que cela qu’on s’y attache. Dans le domaine du « Génie »
industriel et de la recherche pour son compte, les avancées de ces dernières
années sont vertigineuses. En quelques années, des techniques ont été mises au
point et le temps, que cela a nécessité, n’a plus rien à voir avec celui qu’il a
fallu pour passer du char à bœuf à la Ferrari de Formule 1, ou, celui qu’il a
fallu pour transformer les schémas de Léonard de Vinci en conquête spatiale. Les
molécules pesticides mises sur le marché aujourd’hui ont une capacité à
atteindre des cibles neuroleptiques de manière certaine et autrement plus
efficace que les tonnes de DTT utilisées il y a plus de 50 ans... Ceci cependant
ne leur donne pas un droit à prétendre être plus propres, plus vertueuses ou
plus écologiques... Chacun sait et vous plus que d’autres, que la vie sur cette
terre a une origine unique et malgré l’évolution, il y a une base neuroleptique
identique et connue, dans les êtres vivants, même si la différence quantitative
est grande. Aujourd’hui sous prétexte d’ennemis ciblés : des insectes nuisibles,
l’on met au point des molécules efficaces ou d’autres méthodes plus propres en
apparence (OGM), toutes sont aussi efficaces pour détruire les neurones de ces
nuisibles. Certes, l’on passe sous silence tous les dégâts collatéraux de cette
guerre aux nuisibles (exemple les abeilles) mais l’on se garde bien aussi
d’imaginer un instant les dégâts prévisibles sur nos propres neurones et lorsque
l’on mange, en tant qu’humain, ces aliments, nos propres neurones, qui ont les
mêmes clés d’entrée que celles des insectes sont également détruits. D’accord
nous en avons beaucoup plus, mais l’effet est le même... sauf qu’aujourd’hui les
seuls à soulever les problèmes, attirer l’attention, ce sont les apiculteurs qui
observent des phénomènes surprenants sur leurs abeilles - et dans l’ampleur de
nos problèmes de société ou d’économie, il est facile de traiter le problème
d’un revers de manche « soixante-huitard » ou par le théâtre de boulevard.
Ceci me blesse profondément pour le miel ; ceci me choque fondamentalement pour
les apiculteurs ; ceci m’attriste énormément pour le Figaro car j’avais un autre
regard jusqu’à présent ; ceci m’inquiète encore plus pour notre avenir sur cette
planète. Vous écrivez que les apiculteurs se posent volontiers en victimes, or
en quoi cela serait-il choquant que ces gens qui aiment les abeilles expriment
leur désarroi de les voir mourir et, jusqu’à présent qu’a-t-on fait pour les
aider financièrement, pour les aider à comprendre et maîtriser ces aspects qui
posent en plus bien d’autres interrogations sur notre propre santé... Mais à ce
propos, ils ont un avantage énorme, eux, ils mangent encore du miel et du
pollen, ils en connaissent les vertus santé et par rapport à leur avenir santé
personnelle leur espérance de vie est peut-être bien supérieure à celle de ceux
qui n’en consomment pas... Ils connaissent le prix payé par les abeilles pour
garder au miel toute sa richesse, car lorsqu’elles meurent il n’y a pas de miel.
Je ne sais pas si vous aurez d’autres messages écrits émanant de l’apiculture
suite à cet article, je l’espère. Jusqu’à présent je n’ai entendu que
l’expression d’un écœurement profond par rapport au contenu de l’article et une
lassitude extrême d’apiculteurs qui essaient tous les jours de s’en sortir en
faisant mieux qu’hier. Pour votre culture générale, le monde apicole a cette
richesse de rassembler sur une même passion, des gens originaires de tous les
milieux de notre société et avec toutes sortes de parcours scolaires. Ils ont
souvent une relation fusionnelle avec leurs abeilles et ceci n’enlève rien à
leur sérieux ou au respect normal qui leur est dû.
Libre à vous d’utiliser cette lettre dans votre page opinion.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sincères salutations. »
Alexis DUCLOZ, directeur de la coopérative France-Miel
Cet article a aussi été publié dans l'excellente revue Abeilles & Fleurs
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