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Préserver
la qualité des miels Par Michel Gonnet Préservation de la qualité organoleptique et bioalimentaire des miels depuis la ruche jusquà la commercialisation; les limites dutilisation préalable au retrait du marché. |
Exposé de la
conférence développée par lauteur au « premier symposium international sur la
qualité des miels » tenu au Pays basque espagnol les 19, 20 et 21 novembre 1998 et
repris à lassemblée générale des apiculteurs bugistes conduits par le président
Raymond Coutisson et tenue à Bellay (01130) le 14 février 1999.
Préserver la qualité dun miel implique déjà la réalisation dune
production de choix et donc que lapiculteur ait placé ses abeilles dans les
meilleures conditions pour la réaliser. Je développerai ici un ensemble de pratiques
diverses que lapiculteur doit pouvoir en grande partie maîtriser ; elles doivent le
conduire à lobtention de ces productions de qualité ainsi quà la garantie
de leur bonne conservation.
Le miel : un aliment naturel
Il est de qualité par essence. Les abeilles lélaborent à partir de sécrétions quelles prélèvent sur divers végétaux issus de la flore spontanée ou de cultures. Elles modifient, transforment et enrichissent le matériau initial qui devient donc du miel, aliment à vocation diétético-alimentaire très riche et complexe. Lapiculteur qui le récolte ne modifie en rien sa composition originelle et il doit s'efforcer de préserver lintégrité du produit. Cela suppose la connaissance, le contrôle et la maîtrise dun certain nombre de facteurs damont (avant la récolte) et daval (préparation et conditionnement des produits).
Ainsi, sinscrivant dans la démarche de qualité et dès avant la récolte, on recherchera les conditions dexploitations les meilleures. Elles sont liées à lobservation et au respect de quelques données essentielles; jen ai sélectionné trois :
Le choix de lemplacement des ruchers tout dabord qui sera effectué en prenant en compte différents repères de terrain au plan phénologique, en observant le type et la qualité des floraisons mellifères sur le site de butinage choisi et en y sélectionnant des récoltes monoflorales éventuelles ou multiflorales et cela en fonction des associations végétales spontanées ou des cultures présentes ; au plan pédologique en-suite, selon la qualité et la nature des substrats de végétation, les réserves dhumidité des sols favorisant plus ou moins labondance des sécrétions ; au plan climatique ou micro-climatique également, en contrôlant lensoleillement du lieu, la fréquence des précipitations, lexposition aux intempéries (vents, température, hygrométrie, etc.), au plan sanitaire enfin, par le choix des sites à labri de pollutions reconnues, en évitant lexploitation en proximité de zones urbaines et industrielles et par la recherche demplacements près de cultures peu ou pas traitées.
La qualité sanitaire des cheptels et le parfait développement des colonies ainsi que la sélection de souches dabeilles adaptées sont autant de nécessités qui découlent directement des bons soins de lapiculteur ; ce sont aussi dexcellentes garanties pour de bonnes récoltes.
Enfin, le suivi du butinage et le contrôle par le professionnel de la bonne maturation du miel dans la ruche jusqu'à operculation optimale précédant la récolte, constituent également des facteurs déterminants pour que sélabore un bon miel dont on puisse garantir la tenue et la conservation à venir.
La récolte sannonce enfin et lapiculteur va prélever les cadres dans la ruche. Pour chasser les abeilles de la hausse, il fera appel si possible à des techniques naturelles. Une fumée légère en usage modéré par exemple suivie dun brossage, ou des procédés physiques de soufflage peuvent être recommandés. Lutilisation de substances chimiques répulsives, souvent dangereuses pour le praticien, est à éviter autant que possible ; en tous les cas, aucun contact de ces produits avec le miel ne peut être toléré.
Les cadres de miel arrivent ensuite à la miellerie ; celle-ci doit être conforme au plan sanitaire, aux exigences requises pour les locaux de traitement des productions alimentaires (propreté, possibilités de lavage correct à leau chaude des plans de travail avec écoulement des fluides). Tous les équipements ayant contact au miel (extracteurs, bacs, fûts, pompes, agitateur, etc.) doivent être agréés aux normes alimentaires.
Après contrôle ponctuel dans les cadres de la teneur en eau du
miel, ceux-ci peuvent être placés si nécessaire en déshumidification (chambre chaude
ou étuve régulée à 25/27 °C avec brassage et séchage de lair recyclé). Cette
opération est facultative et elle ne sera pratiquée quen cas de nécessité
(teneur en eau des produits se situant à un taux supérieur à 18 ou 18,5 %). Les cadres
sont ensuite introduits dans lextracteur centrifuge et le miel en est extrait. Il
est recueilli dans un bac relais de pré-décantation où il peut subir également une
première pré-filtration par gravité. Il est alors conduit, par gravité ou par pompage,
dans des bidons ou dans des bacs de plus grande capacité (dits maturateurs) ; cest
là que seffectuera la décantation. Le miel subira enfin une dernière filtration
si nécessaire et il sera ainsi disponible pour le conditionnement et la mise en marché.
La température communiquée au produit ne dépassera pas 25 à 30 °C pour toutes ces
opérations de préparation et daffinage mais il est nécessaire également
quelle ne soit pas inférieure à 22/23 °C afin de faciliter lécoulement,
les transferts, la décantation des micro particules solides et la filtration.
Des opérations technologiques plus délicates à mettre en uvre peuvent aussi
savérer utiles pour mieux fixer et garantir la qualité commerciale des produits
sans en modifier pour autant la composition. Ainsi, la cristallisation dirigée qui
consiste à provoquer rapidement la prise en masse du miel dans une texture cristalline de
son choix. On mélange pour ce faire, une "semence"; cest-à-dire une
petite quantité de miel déjà finement cristallisé dans une masse de miel liquide. On
agite lentement pour répartir les cristaux de manière homogène, puis on place le
mélange à température fraîche et constante de lordre de 14 à 16 °C
jusquà sa prise en masse rapide et totale. Cette technique, bien que conseillée,
noffre pas toujours les meilleures garanties ; elle peut être affinée, le but
étant dobtenir un miel parfaitement structuré, à grains fins et en masse
semi-rigide ou pâteuse. On peut utiliser pour cela divers appareillages simples ou plus
sophistiqués en usant de procédés physiques dagitation à mettre en uvre
après lensemencement et visant à accélérer la multiplication des cristaux, sans
rigidification excessive du milieu, ou de techniques dhomogénéisation pour briser
une masse rigide de miel déjà cristallisé.
Des opérations de réchauffage du miel peuvent savérer
nécessaires pour faire face à divers impératifs technologiques (défigeage, refonte par
exemple). Il faut les pratiquer avec grand soin en sassurant la parfaite maîtrise
des traitements (températures, temps dexposition au chauffage). Lusage de la
chambre chaude ou de létuve thermostatée sont les meilleurs moyens de réchauffage
simple à la disposition de lapiculteur; la température du miel exposé ne
dépassant jamais dans ce cas celle affichée dans le local ; cest-à-dire 30 à 35
°C pour un simple défigeage et plus ou moins 45 °C pour une refonte. Pour cette
dernière option, à ne pratiquer quen cas de nécessité, une agitation du produit
est recommandée ; elle vise à accélérer la prise de calories dans la masse du miel
pendant la montée en température. La cuve à parois chauffantes (vecteur à eau ou à
bain dhuile) avec agitation interne efficace, constitue également un bon moyen de
refonte pour un miel préalablement défigé. Ici ces traitements ne sont jamais sans
effets pervers, limpact produit sur la qualité doit rester néanmoins limité. Il
existe des traitements thermiques de refonte du miel très efficaces mais beaucoup plus
lourds du type pasteurisation; leur usage, courant au plan industriel, est toutefois
difficilement compatible notamment avec le respect de la qualité biologique des miels.
Les deux paramètres essentiels fixant les limites de qualité et de fraîcheur dun
bon miel, hormis les critères dorigine botaniques, sont : la teneur en eau qui doit
être inférieure à 18 % et la teneur en hydroxyméthylfurfural (HMF) que lon
cherchera à maintenir de préférence à un seuil inférieur à 10 mg/kg.
Reste à contrôler les conditions de stockage et la conservation
préalable à la mise sur le marché. La température de conservation doit être si
possible constante et safficher dans des limites inférieures ou au plus égales à
20 °C. Le temps du stockage avant la mise en pots ne devrait pas excéder une année ou,
exceptionnellement, deux années pour des miels peu évolutifs.
Ainsi un miel correctement préparé, en structure homogène (liquide ou cristallisé),
aux normes et conservé dans les conditions précisées ci-dessus, reste un produit de
bonne fraîcheur qui aura conservé lessentiel de ses qualités organoleptiques et
biologiques originelles.
Il nexiste pas de date de retrait du marché pour le miel, mais un code a tout de même été mis en place ; il sagit dune Date Limite dUtilisation Optimale (DLUO) que lon doit apposer sur létiquette lors de la mise en pots. Elle se situe en règle générale dans des délais de 18 mois à 2 ans maximum. Cest en fait le contrôle de la teneur en HMF qui permet de suivre correctement lévolution dun miel ; celui-ci perd de sa "fraîcheur" originelle de manière inversement proportionnelle à lélévation du taux de ce dérivé de dégradation des sucres. Le phénomène saccompagne dun fléchissement global de la qualité sensorielle et de lactivité bio-dynamique du produit. Le législateur européen tolère jusquà 40 mg dHMF par kg de miel avant retrait du marché, mais pour beaucoup de produits présentés sous référence de qualité, on situera cette limite à un seuil inférieur, de lordre de 20 à 25 mg par kg en fin de DLUO.
Un miel qui vieilli est un miel qui se dégrade inexorablement de même quun miel que lon chauffe trop fortement ou trop longtemps. L'ensemble des opérations que je préconise ici vise à préserver lessentiel, en évitant les effets pervers de traitements inadaptés et en ralentissant considérablement les évolutions fâcheuses liées à de mauvaises conditions de conservation.
Michel GONNET
Ingénieur INRA - France
Références
bibliographiques et travaux de lauteur ayant trait au sujet traité
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GONNET (M.). « Mieles regionales de calidad en Europa. Una necesidad comercial para el futuro » (Miels régionaux européens de qualité. Une nécessité commerciale dans le futur), Vida Apicola (Espagne), n° 72, 50-55, 1995. |
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GONNET (M.). « Hygiène de production et protection sanitaire des miels », Abeilles & Fleurs, n° 439, 14-22, 1995. |
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