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Sélection
d’abeilles résistantes à Varroa destructor : Inhibition de la
reproduction des varroas et destruction des alvéoles infestées par les
abeilles |
![]() Femelle varroa (de couleur brune) et sa descendance (de couleur blanche) |
John
Harbo et Jeffrey Harris sont deux chercheurs de l’USDA de Baton Rouge en
Louisiane, qui œuvrent depuis plus de dix ans pour sélectionner des colonies
d’abeilles résistantes au varroa. Une première série d’expérimentations leur a
permis d’identifier des colonies résistantes ou sensibles à l’acarien. Puis une
approche rigoureuse leur a permis de déterminer le caractère héritable de cette
résistance. Ils ont alors étudié les différents mécanismes de résistance connus
chez l’abeille pour expliquer ce phénomène et ont montré que le caractère le
mieux corrélé avec la résistance de leurs abeilles est la présence d’alvéoles
parasitées par des varroas non reproductifs. Ils ont donc conclu que leurs
abeilles sont résistantes car elles sont capables d’inhiber la reproduction des
varroas, et les ont baptisées SMR (Suppression Mite Reproduction).
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Le
couvain possède des actions antagoniques sur la reproduction des varroas. Nazzi
et al. (2002) ont montré que les larves peuvent avoir un effet inhibiteur sur la
reproduction des varroas et ont identifié un composé chimique, l’heptadécène,
responsable de cette inhibition. Il devient alors plausible de sélectionner des
colonies d’abeilles qui produisent cet inhibiteur qui les rend résistantes au
varroa. Par contre, à l’opposé, Trouiller et Milani (1999) ont montré que les
larves émettent aussi des substances qui stimulent l’oviposition des varroas.
Cette découverte a été confirmée plus tard par une autre équipe (Garrido et
Rosenkranz, 2004), mais les molécules responsables de cet effet ne sont pas
encore identifiées.
Mais en complétant leur étude, Harbo et Harris ont montré qu’en fait les
abeilles qu’ils avaient sélectionnées détruisent sélectivement les alvéoles
contenant des varroas qui ont produit des descendants, alors que les alvéoles
qui renferment des varroas femelles stériles ne sont pas détruites par les
abeilles. Ceci explique pourquoi les chercheurs ne trouvaient pas d’alvéoles
contenant des varroas reproductifs dans leurs colonies résistantes. Ces abeilles
ont alors été rebaptisées VSH (Varroa Sensitive Hygienic). Ce comportement
hygiénique à l’encontre des varroas reproductifs explique donc en grande partie
cette résistance, mais il semble que la capacité des larves à inhiber la
reproduction des varroas puisse jouer un rôle mineur dans la tolérance de ces
colonies au varroa.
Plus tard, Ibrahim et Spivak (2006) ont confirmé les résultats de Harbo et
Harris. Dans une étude comparative des abeilles de Harbo, qui détruisent les
alvéoles infestées par une famille de varroas, et celles de colonies
sélectionnées sur le test hygiénique du couvain congelé, ils ont montré que les
premières ont une capacité plus importante à se débarrasser des alvéoles
parasitées que les abeilles hygiéniques. Ils ont aussi confirmé que les abeilles
de Harbo ont un effet inhibiteur sur la reproduction des varroas.
Il semble donc que ces deux caractères puissent être utilisés dans le contexte
d’une sélection de nos abeilles vers une résistance au varroa.
Le caractère de nettoyage par les abeilles des alvéoles parasitées par les
varroas reproductifs est maintenant bien admis comme élément majeur pouvant
expliquer la résistance des abeilles au varroa. C’est un des mécanismes
qu’utilise Apis cerana, l’hôte d’origine du varroa pour obtenir un équilibre
avec son parasite, de telle sorte qu’il ne mette pas en péril la survie des
colonies d’abeilles. En outre, aux Etats-Unis, des apiculteurs sélectionneurs
proposent actuellement à la vente des abeilles qui possèdent ce caractère.
Plus récemment, une équipe de chercheurs du Crown Research Institute de
Nouvelle-Zélande a publié sur Internet
http://www.hortresearch.co.nz/index/news/505 un communiqué de presse
indiquant qu’elle a réussi à sélectionner des colonies d’abeilles dans
lesquelles les varroas ne se reproduisent pas. Ces colonies seront isolées sur
une île de façon à pouvoir multiplier les reines tout en maintenant ce caractère
par fécondation naturelle. Il n’est pas précisé si les abeilles de ces colonies
inhibent la reproduction des varroas ou s’il s’agit du comportement de nettoyage
des alvéoles parasitées par les ouvrières. Mais il semble bien qu’il s’agisse
d’un nouvel exemple concret de sélection efficace des abeilles tolérantes au
varroa.
Références bibliographiques :
• Garrido C., Rosenkranz P. (2004) Volatiles of the honey bee larva initiate oogenesis in the parasitic mite Varroa destructor, Chemoecology 14, 193-197.
• Harbo J. R., Harris J. W. (1999) Selecting honey bees for resistance to Varroa jacobsoni, Apidologie 30, 183-196.
• Harbo J. R., Harris J. W. (1999) Heritability in honey bees (Hymenoptera : Apidae) of characteristics associated with resistance to Varroa jacobsoni (Mesostigmata : Varroidae), J. Econ. Entomol. 92, 261-265.
• Harbo J. R., Harris J. W. (2005) Suppressed mite reproduction explained by the behaviour of adult bees, J. Apic. Res. 44, 21-23.
• Ibrahim A., Spivak M. (2006) The relationship between hygienic behavior and suppression of mite reproduction as honey bee (Apis mellifera) mechanisms of resistance to Varroa destructor, Apidologie 37, 31-40.
• Nazzi F., Milani N., Della Vedova G. (2002) (Z)-8-heptadecene from infested cells reduces the reproduction of Varroa destructor under laboratory conditions, J. Chem. Ecol. 28, 2181-2190.
• Trouiller J., Milani N. (1999) Stimulation of Varroa jacobsoni Oud. oviposition with semiochemicals from honeybee brood, Apidologie 30, 3-12.
Avec l'aimable autorisation de la revue
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| Réalisation : Gilles RATIA Mise à jour : 03/04/02 APISERVICES - Copyright © 1995-2008 |
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