Galerie Virtuelle Apicole Galerie Virtuelle Apicole
Accueil SPMF
Secteurs concernés SAPMP
do.gif (159 octets) Dossier "Abeilles et Produits Phytosanitaires"
Conseil Communication de la Coordination des Apiculteurs
Premier chapitre Premier chapitre
Chapitre précédent Chapitre précédent
Dossier 14 sur 15
Chapitre suivant Next / Suivant
Dernier chapitre Last / Dernier

Communication de la Coordination des Apiculteurs
28 septembre 2001
A l'attention des membres du "Comité de pilotage de l'étude multifactorielle

Mesdames et Messieurs,

Nous vous invitons à prendre connaissance du document ci-joint, qui fait le point sur les réactions du Ministère de l'Agriculture en réponse au problème de la dépopulation subite et massive des colonies d'abeilles engagées sur la miellée de tournesol, que nous avions dénoncée dès l'été 1994.

Ce document explique notre défiance envers les travaux que votre comité se propose de piloter: en effet, il apparaît que le bilan de l'ensemble des études menées depuis 6 ans, dispense de toute nouvelle étude multifactorielle. Le reniement de pareil bilan n'est d'ailleurs pas de nature à nous rassurer quant à la volonté des pouvoirs publics de tirer les justes leçons de nouvelles études dont les résultats ne seraient d'ailleurs connus qu'en 2004, 2005 ou plus tard encore.

Nous affirmons solennellement que toute nouvelle année qui n'aura pas apporté la solution, connaîtra inévitablement une série de cessations d'activité d'apiculteurs, sans compter la désespérance généralisée des sursitaires.

Nous avons scrupuleusement suivi le cadre que le Ministère de l'Agriculture avait fixé, parce que celui-ci affichait de bonnes intentions et nous paraissait s'imposer comme interface naturelle et impartiale entre les nombreux protagonistes du problème apicole. Mais au fil des mois, il a fallu nous rendre à l'évidence : le Ministère, pour des raisons qu'il ne nous appartient pas d'évoquer, n'a jamais voulu prendre la vraie mesure du problème, qui dépasse largement le seul domaine de l'apiculture.

Lorsque le 18 décembre 2000, Mme Geslain-Lanéelle nous a annoncé qu'une étude multifactorielle serait lancée, nous avons déclaré vouloir y collaborer malgré notre conviction qu'elle était superflue, à la condition toutefois que soient suspendus sur l'ensemble du territoire français :

Aussi, tant cette condition ne sera pas effective, il est hors de question que nous apportions notre concours à l'étude multifactorielle. Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs, l'expression de nos salutations distinguées.

La Coordination des Apiculteurs


Relevé des observations sur la miellée de tournesol.

Autrefois, la culture de tournesol était source de miellée régulière et abondante. en Région Centre, celle-ci assurait de 40 à 55 kg de miel par ruche, en Poitou-Charentes- Vendée de 60 à 75 kg

Concomitantes avec l'introduction du traitement insecticide GAUCHO de la semence de tournesol - selon la région: entre 1994 et 1996 -, des dépopulations brutales et drastiques sont constatées en début de miellée de tournesol. Moins de butineuses signifie moins de récolte: 4 ans plus tard, le déficit de production atteint de 50 à 70 %.

Durant les années qui ont suivi, les apiculteurs ont vérifié d'autres indices liant ces problèmes de dépopulation en été, au butinage des cultures de tournesol traitées ou contaminées par l'imidaclopride. Et notamment les suivants .

Les diverses réponses à ce problème apicole sur miellée de culture d'été.

1. L'enquête épidémiologique CNEVA en Région Poitou-Charentes : 1996- 1998.

En constatant des problèmes inédits sur la miellée d'été dès 1994, confirmés en 1995, les apiculteurs de Poitou-Charentes, confiants, ont collaboré à une enquête, dite épidémiologique.

Préparée dès 1996 et réalisée en 1997/1998 par le CNEVA-Nice (désormais intégré dans l'AFSSA) sur des fonds régionaux et européens (montant total: 950 kF), cette enquête n'aurait à l'heure actuelle, toujours pas fait l'objet d'un début de rapport, et n'en ferait probablement jamais l'objet, à en croire les propos tenus par le Directeur de l' AFSSA -Nice, en octobre 2000.

Malheureusement pour l'apiculture, mais il semblerait que l 'AFSSA -Unité Abeilles " se soit perdue dans la jungle des données récoltées " lors de cet humble enquête épidémiologique.

2. L'étude multifactorieIle gérée par DGAL -INRA -ACTA: 1998

Cette étude a été recommandée le 11 décembre 1997, par la Commission des Toxiques, après avoir entendu le rapport de MM. Belzunces et Taseï :"GAUCHO (BAYER) à base d'imidaclopride. Effets des traitements de semences de tournesol sur abeilles".
Considérant alors que " il n 'y avait pas assez de rigueur et de stabilité dans les rapports de terrain provenant des apiculteurs pour affirmer que le GAUCHO est la seule cause de troubles dont les colonies d'abeilles sont victimes ", les rapporteurs ont conclu que: " Il y a donc une obligation urgente à étudier de front les hypothèses diverses pour expliquer ces phénomènes, en tenant compte de la diversité des variétés cultivées et des sols ".

Pour un montant initial de 6.800 kF, l'incidence de tous les facteurs pouvant expliquer "les baisses de miellées de cultures d'été " a été évaluée, et plus particulièrement :

- l'incidence sur la nectarification du tournesol, selon choix variétal, type de sols, région climatique, en présence ou non de l'irrigation

- la recherche de synergies toxicologiquement significatives pour l'abeille, entre l'imidaclopride et des acaricides, des pyréthrinoïdes de synthèse ainsi que des fongicides.

- la recherche en laboratoire ou en milieu confiné, de quelques effets biologiques sur l'abeille, au contact de doses subléthales d'imidaclopride et de ses métabolites.

- la recherche de résidus dans les différentes parties de la plante, sur la butineuse, dans les produits de la colonie.

- des essais comparatifs sur le terrain : épreuve épidémiologique consistant à suivre dans une zone d'expérimentation, deux groupes de colonies d'abeilles identiques à tout point de vue. D'un groupe étant placé dans un site où 3 km aux alentours aucune culture de tournesol n'est traitée GAUCHO, l'autre groupe éloigné de 6 - 10 km, dans un site où tous les tournesols sont traités.

Cette étude multifactorielle 1998 désigne le GAUCHO comme unique cause plausible. Elle a amené la Commission des Toxiques à aviser, en décembre 1998, que " ( ...) sur tournesols traités on ne peut conclure à l'absence de risques pour l'abeille ".

Malheureusement pour l'apiculture, cette étude multifactorielle n'a pas prêté à conséquence autre que la décision ministérielle de suspendre le GAUCHO sur tournesol uniquement, en attendant les résultats d'études complémentaires à mener en 1999-2000.

Cette position pouvait d'autant mieux être soutenue dans la mesure où l'étude multifactorielle, dans sa partie " essais comparatifs de terrain ", avait sévèrement échouée, et pour cause: l'imidaclopride étant présent en site témoin comme en site traité.

Dans le site témoin, non seulement le mais traité GAUCHO fournissait-il aux colonies un pollen contaminé par l'imidaclopride, en plus a-t-il fallu se rendre à l'évidence que la persistance dans les sols de reliquats du toxique sur traitements précédents et ses excellentes propriétés systémiques - notamment dans la plante de tournesol et de maïs -rendaient ces plantes contaminantes à un niveau comparable à celui de plantes issues de semences traitées.

3. Les études complémentaires sur l'imidaclopride : 1999-2000

3 -1 S'agissant du métabolisme de l'imidaclopride dans les parties de la plante accessibles à l'abeille : BAYER, CETIOM, INRA relèvent que certainement déjà l'imidaclopride est présent dans le pollen et le nectar de fleurs de tournesol GAUCHO, à des niveaux de l'ordre du ppb : par exemple, BAYER mentionne resp. 3,3 et 1,9 ppb

3- 2 S'agissant de la persistance du toxique dans les sols et sa présence dans les cultures non traitées, l' importance de l' imidaclopride est confirmée.

Par exemple, le CETIOM constate que le pollen d'un tournesol implanté dans un sol n'ayant pas connu d'antécédent GAUCHO depuis l'année N-3 est contaminé :

3- 3 S'agissant des effets toxicologiques sur l'abeille, notons que dès 1995, BAYER avait tenté de rassurer les apiculteurs de la Région Centre en organisant, sur le terrain et en tunnel, des études apidologiques qui relèvent désormais de l'anecdotique.

Par contre, les nombreux rapports d' études toxicologiques remis en 1999-2000 à la Commission des Toxiques, tant par BAYER que par les chercheurs du secteur public, démontrent qu'il faut s'attendre à des effets biologiques préjudiciables pour l'abeille et/ou sa colonie, dès lors que l'abeille est exposée à des sources de nourriture contaminées par l'imidaclopride à des concentrations de l'ordre de quelques ppb.

Malheureusement pour l'apiculture, la commission des Toxiques annonce sur ce chapitre des " éléments à décharge " qu'elle pourra difficilement justifier : " Bien que dans les essais expérimentaux plein champ, aucun effet sur l'orientation , la communication dans la ruche, la consommation de sirop ou le développement des colonies n'ait été observé aux doses d'emploi
recommandées pour l'imidaclopride, .".

Qu 'il nous soit permis, à la lumière des propos suivants, d'accuser la Commission des Toxiques d'une légèreté certaine.

  1. a) La référence " aux doses d'emploi recommandées " n'est pas appropriée dans la mesure où ces "études à décharge pour le GAUCHO " ont toutes concerné des sirops de miel ou de glucose artificiellement contaminés. La dose d'emploi recommandée d'un traitement industriel de la semence ne dit en effet pas beaucoup sur les concentrations de l'imidaclopride dans la plante, dans son pollen et son nectar: l' expression du toxique est fonction de nombreux paramètres, liés notamment aux multiples caractéristiques du sol, au climat, au choix variétal.

    Qui plus est: sa variabilité parmi les plantes d'un même lot et/ou du même champ est importante et des rapports de 1 à 10 sont mentionnés.

    Ce constat devrait inviter les experts à appliquer un facteur de sécurité sur les doses ou concentrations admissibles sur le terrain (ainsi en toxicologie humaine et animale, il est fréquent de faire appel à des facteurs de sécurité de 100).

  2. Dans notre sujet écotoxicologique, il suffirait d'un facteur de sécurité de quelques unités pour que des éléments dits à décharge ne deviennent à charge.

    Si la capacité d'orientation de l'abeille est affectée par simple ingestion, donc sans qu'il y ait consommation notoire, d'un sirop contaminé à une concentration entre 10 et 20 ppb, de même que l'est la communication dans la ruche (travaux 1998 du Prof Kirchner pour BAYER), un écotoxicologue ne prétendra jamais que ces facultés ne puissent être affectées dans un environnement où le toxique peut être présent à hauteur de plusieurs ppb.

    A fortiori il ne pourrait être question, dans l'avis des experts, d'éléments à décharge.

  3. Les résultats d'études qui prouveraient que l'imidaclopride ne serait sans effet sur la consommation de sirop et le développement des colonies sont probablement empruntés à l'étude BAYER SXR/Am 004, bien que ne concernant pas une colonie de 40 à 50.000 abeilles, en plein champ -comme le suggérait l'avis -mais plutôt un nucléus de 500 abeilles sous tunnel étanche.

Comment les chercheurs de BAYER, dans cette étude qui explore le problème de fond qu'est celui d'une dépopulation de la colonie, ont-ils pu conclure que le toxique jusqu'à 20 ppb n'avait pas d'effet négatif sur l'évolution de la population, alors que visiblement ils ne disposaient même pas des outils et/ou de la compétence pour mesurer la grandeur d'un nucléus. Et pour, cause: dans 5 tunnels sur 6, entre jours J=3 et J= 15, le nucléus croît, et même d'un taux de 350% pour le tunnel à la concentration la plus grande (20ppb) : bien au contraire, il aurait fallu constater une régression de la population à la
suite d'une certaine mortalité naturelle, laquelle ne pouvait être contrebalancée dans ce tunnel insect-proof avant J=22, jour du premier couvain naissant.

A lire l'avis de la commission des Toxiques, aucun de ses 50 experts n'aurait trébuché sur cette erreur cruciale et tous auront entériné le refrain de BAYER : aucune incidence sur la population !

Comme éléments " à charge " pour GAUCHO, l'avis ne tient compte que du test de conditionnement olfactif du réflexe d'extension du proboscis et cite comme concentration critique la concentration de 12 ppb, alors qu'il faudrait écrire que la concentration critique se situe entre 6 et 12 ppb.

Qu'est-ce qui vaut que, dans l'avis de la commission des Toxiques, ce critère -avec effet entre 6 et 12 ppb -est inscrit " à charge " alors que les critères de la communication et de l'orientation -avec effet entre 10 et 20 ppb -le sont " à décharge " ?

Un critère plus sensible encore a été étudié par le Dr M.E. Colin (INRA Avignon) : le comportement de butinage. Ces résultats ont été boudés par la Commission des Toxiques car le protocole de cette étude ne lui aurait pas été communiqué.

Les apiculteurs s'en étonnent, d'autant plus que ce protocole a fait l'objet d'une présentation et d'une discussion en janvier/février 1998 dans le Comité de Pilotage et qu'il a été validé au point d'être décrit et d'avoir donné lieu à la publication des résultats dans le Rapport de Synthèse 1998 : effet de l'imidaclopride sur le comportement de butinage dès 6 ppb, étant entendu que des concentrations plus basses doivent encore être testées dès 1999.

Le 28 juin 1999, une réunion sous la présidence de M. R Mestres (DGAL) devait aussi permettre aux membres présents de la Commission des Toxiques et de la Commission d'Eco-Toxicologie de faire leurs recommandations à l'occasion de la présentation par les chercheurs des études à mener en 1999-2000. Le Docteur Colin a dit ses intentions, et notamment celle de tester des concentration. d'imidaclopride inférieures à 6 ppb sur le critère " comportement de butinage " selon le protocole 1998, sans que cela ne prête à commentaire sur le protocole concerné !

En fin d'année 1999, le Dr Colin a rendu compte: la concentration critique de l'imidaclopride sur le comportement de butinage de l'abeille se situe entre 1,5 et 3 ppb.

4. L'étude multifactorielle, l'enquête épidémiologique ou multifactorielle : 2001 -?

En supposant un instant que ce genre d'étude fasse émerger fin 2002, courant 2003, d'autres suspects sérieux, jamais il ne sera possible d'établir dans la foulée de(s) relation(s) de cause à effet. Chaque suspect devra ensuite, selon des protocoles parfois encore à créer, être évalué quant à sa réelle implication dans le problème.

Lorsqu'ils songent que six années d'études et d'analyses n'auront toujours pas permis - malgré les preuves de plus en plus nombreuses et de plus en plus flagrantes- aux experts, aux scientifiques et à l'Administration de s'accorder sur le degré de responsabilité du GAUCHO - seul suspect en lice - les apiculteurs désespèrent de sauvegarder l'abeille, tellement ils ont la certitude que GAUCHO est coupable entier. Nombreux sont ceux qui dans cette affaire " jouent la montre " : pour les apiculteurs le temps leur est désormais compté.

En dehors d'assurer à l'apiculture du répit, la condition de suspendre GAUCHO Sur toutes cultures et REGENT sur tournesol permettra à terme d'organiser des épreuves épidémiologiques de terrain. Afin de ne pas tomber dans les travers de l'épreuve épidémiologique de 1998, où les sites témoins et sites traités ne se distinguaient plus , notamment à cause de l'imidaclopride résiduel, il faudrait effectivement de 2 à 3 ans pour décontaminer tout sol de traces significatives de fipronil ou d'imidaclopride.


Envie de réagir ? Forum Intoxication ou Forum Syndicalisme apicole


post_it.gif (274 octets) S.A.P.M.P.
S
yndicat des des Apiculteurs de Professionnels de Midi Pyrénées

Délégation Régionale Midi Pyrénées du SPMF

PRESIDENT

M. Joël Schiro
2 impasse du Bois
65350 Boulin - France
Tel : +33 (0)5.62.33.23.53
Fax : +33 (0)5.62.33.23.83
E-mail : jschiro@adour-bureau.fr

TRESORIERE

Mme Sylvie Sinde
Faget Abbatial
32450 Saramon - France
Tel : +33 (0)5.62.65.41.73
Fax : +33 (0)5.62.65.41.73
E-mail : Sylvie.Sinde@wanadoo.fr


Réalisation : Gilles RATIA
Mise à jour : 03/04/02
APISERVICES - Copyright © 1995-2003
Haut de la page Haut de la page